Ver de terre commun  (Lumbricus terrestris)

  • Règne : Animalia
  • Embranchement : Annelida
  • Classe : Cltellata
  • Sous-classe: Pterygota
  • Infra classe: Neoptera
  • Ordre : Oligochaeta
  • Famille :Lumbricidae
  • Genre : Lumbricus

Préambule

Peut-être l’espèce animale la plus utile sur terre.  Darwin, qui a compris les animaux mieux que personne, les appelait les laboureurs du sol.  il disait aussi : « Le ver mérite d’être dit intelligent, car il agit presque comme le ferait un homme placé dans des circonstances analogues ». La phrase, très profonde comme souvent chez Darwin, est à méditer.

L’auteur de l’origine des espèces les considérait comme une espèce si importante et si utile  qu’il consacra les dernières années de sa vie à l’écriture d’un livre sur le sujet intitulé « La Formation de la terre végétale par l’action des vers de terre » dans lequel il réunit toutes ses observations sur les vers et leur relation avec la structure des sols.

Il faut dire que là aussi  il a été un précurseur. Il a été l’un des premiers à étudier leur comportement et à essayer de comprendre comment ils fonctionnaient. À son époque, la majorité humains pensaient que les vers de terre étaient des parasites nuisibles qui mangeaient les racines des plantes et  faisaient tout pour les détruire.

Bien qu’il ait mis en forme son livre à la fin de sa vie, l’intérêt de Darwin pour les vers de terre remonte à sa jeunesse. Sa première expérience eut lieu un an après le retour de son voyage autour du monde avec le Beagle.

Alors qu’il rendait visite à son oncle, ce dernier lui montra des morceaux de marne qui avait été posée au sol il y a quelques années.  Ceux-ci  étaient à présent à demi enfouis dans la terre et son oncle lui expliqua qu’il pensait que l’enfoncement  de la marne était dû au travail  des vers de terre. L’oncle pensait que Darwin ne s’intéresserait pas plus au sujet et fut très surpris quand il découvrit qu’il présentait quelques semaines plus tard une conférence sur le sujet devant la société géologique royale , à Londres. Face au peu d’intérêt suscité par son exposé,  il poursuivit ses recherches sur d’autres sujets, mais ne cessa jamais d’observer les vers .

Il  publia deux autres articles  en 1840 et 1844 et un autre en 1869, mais ce n’est qu’entre 1871 et 1880 que les vers devinrent son principal sujet d’étude.

Le livre « La Formation de la terre végétale par l’action des vers de terre » fut publié le 10 octobre 1881 quelques mois avant sa mort.

« Il est permis de douter,
écrivait-il dans cet ouvrage, qu’il y ait beaucoup d’autres animaux qui aient
joué dans l’histoire globe un rôle aussi important que ces créatures d’une
organisation si inférieure
.”

Résumant ce qu’il avait découvert, il écrivait aussi :  

« Je fus amené à conclure que la terre végétale sur toute l’étendue d’un pays a passé bien des fois par le canal intestinal d’un vers et y passera bien des fois encore . Par suite le terme terre animale serait à certains égards plus justes que celui communément usité de terre végétale ».

Admirer les aigles, les chevaux et les lions est bien . Comprendre l’importance des vers de terre, des limaces et des escargots et apprendre à respecter ces espèces mal connues et trop souvent mal aimées est mieux.

Présentation

Les vers de terre font partie du sous-ordre des lumbricina ou lombricien qui compte treize familles et plus de 7000 espèces décrites et nommées dans le monde . En France, on peut rencontrer une centaine d’espèces . 14 ou 15 espèces différentes peuvent parfois cohabiter dans le même sol .

Les vers de terre creusent des galeries dont certaines peuvent descendre jusqu’à 3 ou 4 mètres. Leur présence est signe d’une terre en bonne santé et n’a que des avantages . Ils aèrent les sols et favorisent la pénétration de l’eau jusque dans les couches profondes. Des chercheurs irlandais ont montré que les terres où il y avait beaucoup de vers de terre absorbaient beaucoup mieux l’eau en cas de pluie intense. Cette aération, qui rend le sol poreux, facilite également la pénétration des racines dans le sol.  Les vers de terre enrichissent aussi la composition de la terre grâce à leurs allées et venues et contribuent à enfouir le carbone. Les déjections qu’ils remontent du fond vers la surface ou de la surface vers le fond sont riches en matières organiques et en minéraux et agissent comme un engrais naturel.

le microbiologiste Claude bourguignon* explique que 2 tonnes de vers vivent sur un hectare dans un sol sain et que tous ces vers remontent chaque jour plus de 2 tonnes de terre avec leurs éléments comme le phosphore, la potasse ou l’azote à la surface du sol. Ils empêchent ainsi que ces éléments nutritifs soient lessivés par les pluies et aillent se perdre dans les nappes phréatiques.

Grâce à cet ensemble de bienfaits, ils contribuent à la stabilité des sols et sont la meilleure protection contre l’érosion  . Sans eux, la plupart des sols seraient durs comme la pierre et infertiles . Ils modifient fortement et de manière positive les terrains dans lesquels ils vivent et participent au développement de nombreuses autres espèces qui profitent de leur travail . Pour cette raison ils sont appelés les ingénieurs du sol ou les architectes des sols fertiles .

Comme on le voit, les vers de terre sont très importants pour la qualité des sols et le sont en harmonie avec de nombreuses espèces comme les microbes, les bactéries ou les champignons .  La végétation joue également un rôle essentiel grâce aux racines qui nourrissent la terre et à l’ombre que leurs feuillages produisent . Les lombrics ne peuvent pas tout faire seuls.  Des sols sans arbres ou sans arbustes dépérissent aussi très rapidement.

la partie de la terre influencée et modifiée par l’action des vers de terre est nommée la drilosphère.

On appelle Géodrilologue les spécialistes qui s’intéressent à la branche de la zoologie qui étudie les vers de terre.

Le vers commun

Le vers commun fait partie des vers de terre anéciques. C’est-à-dire des vers qui vivent dans l’ensemble du sol et qui créent des galeries. Il est le plus grand du genre puisqu’il peut mesurer de 9 à 30 cm. Son corps comporte 100 à 170 anneaux ou segments qui portent chacun 4 paires de soies qui facilitent l’ avancement. Il semble difficile au premier abord de distinguer où se trouve la tête et où se trouve la queue, mais il suffit pour cela de repérer le côté qui porte les plus gros anneaux. Là se trouve la tête. On peut aussi observer dans quel sens il se déplace . En général il le font en marche avant . Une autre possibilité est de regarder où se trouve le clitellum. Cette partie , très visible , est une excroissance qui comporte les organes génitaux. Elle se trouve sur la zone avant du ver et se situe autour du 25e ou 35e segment .

Les vers de terre n’ont ni yeux, ni oreilles, ni nez et ne possèdent pas non plus de dents . Le premier segment est appelé prostomium. Les vers s’en servent pour s’orienter dans le sol .

Contrairement à nous, les vers n’ont pas de poumons et respirent par la peau qui doit toujours rester humide pour permettre une bonne oxygénation.  Quand il fait trop chaud, ils descendent dans les profondeurs de la terre et réduisent leurs activités . En hiver, ils redescendent dans les parties non gelées de la terre et entre en hivernation. Ils peuvent redevenir actifs si le temps s’adoucit puis reprendre l’hivernation si le froid revient . Un ver de terre peut vivre de 2 à 5 ans selon les espèces.

Reproduction

Le mécanisme est complexe et je me contenterai ici d’en dresser les grandes lignes.

Les vers de terre deviennent adultes au bout d’un an. Ils sont hermaphrodites et possèdent tous des testicules et des ovaires . On peut distinguer les jeunes des adultes au renflement qui apparait lorsque le ver a atteint sa maturité sexuelle. Ce renflement, nommé clitellum, est le lieu où  se forme le cocon nutritif qui abritera les œufs . La période de reproduction a lieu principalement au printemps et en automne. Les vers remontent alors vers la surface quand le temps est humide.  Les deux partenaires  se collent alors tête-bêche et échangent leurs spermes . Celui-ci sort au niveau du quinzième anneau puis il est envoyé par deux canaux vers les vésicules séminales de l’autre ver situé sur le neuvième et dixième segment où il est stocké. Les deux vers se séparent . Un cocon se forme alors au niveau du clitellum. Ce cocon glisse vers la tête du ver et quelques œufs y sont déposés lorsqu’il passe au niveau du quatorzième anneau .  Les œufs sont fécondés en passant devant le neuvième et dixième segment où le sperme avait été stocké. Une fois détaché, le cocon se referme . Selon l’espèce, il faut de quelques semaines a plusieurs mois pour que les jeunes vers sortent de l’œuf . Les vers communs s’accouplent une fois par an et fabriquent 5 à 10 cocons qui contiennent 1 œuf chacun.

Classement des vers de terre

Les spécialistes les classent en trois groupes définis en 1972 par Marcel bouché »

1) Les épigés qui vivent en surface dans les amas organiques comme le compost ou le fumier. Ils creusent peu ou pas du tout de galeries et se nourrissent de matières organiques mortes .

Ils sont de petite taille et mesurent de 1 à 5cm. Leur couleur est généralement rouge sombre.

2) Les anéciques qui vivent dans l’ensemble du sol et qui creusent des galeries permanentes . Ils rejettent leurs déjections, appelées turricules, à la surface du sol . Ils sont saprogéophages, c’est-à-dire qu’ils se nourrissent de déchets organiques et de terre.

Ils remontent la nuit chercher leur nourriture en surface et la redescendent dans leurs galeries.

Ils sont grands et peuvent mesurer de 10 cm à 1 m 10 pour les plus grands individus comme le Ver géant de Gippsland australien . Des spécimens de plus de 3mètres auraient même été signalés en Amérique centrale et en Amérique du Sud .

Les anéciques peuvent être rouges, gris ou bruns .

Ils remontent la nuit chercher leur nourriture en surface et la redescendent dans leurs galeries.

3) Les endogés qui vivent dans le sol et remontent rarement à la surface.  Ils creusent des galeries horizontales temporaires et se nourrissent de terre qui contient des matières organiques.

Ils sont de taille moyenne et mesure de 1 cm à 20 cm.

Marcel bouché établira un quatrième groupe avec les vers hydrophiles qui vivent dans les cours d’eau

La durée de vie des vers de terre est de 4 à 8 ans pour les anéciques et les endogés alors qu’elle n’est que 3 mois pour les épigés.

La question “bête”

On peut le couper en deux ?  

Poser la question est déjà un problème et montre toute la cruauté de certains  humains. Aurait-on l’idée de demander si l’on peut couper un enfant en deux et s’interroger ensuite pour savoir si les parties tranchées vont repousser !

Mais que la question puisse être posée montre que nous vivons dans une société spéciste ou l’animal n’a aucune importance. Dans ma jeunesse, l’éducation nationale faisait ouvrir le ventre des grenouilles en cours de biologie pour voir battre le cœur !!!!

Là encore  se trouve l’empreinte néfaste de Descartes qui avait élaboré une théorie selon laquelle les animaux étaient comme des machines et ne ressentaient pas la douleur. Alors, pourquoi se gêner ? 

J’espère que cela n’existe plus aujourd’hui et j’aimerais quand même que l’éducation nationale s’excuse pour avoir fait commettre de telles horreurs à des générations d’enfants.

 Comment leur expliquer ensuite que les autres animaux sont des êtres vivants qui méritent notre respect .

La question sur les vers de terre est du même ordre . Les enfants n’auraient jamais l’idée de la poser si les vers de terre étaient un peu plus considérés .

Comment un ver de terre pourrait -il survivre s’il n’a plus de bouche, de cerveau et s’il a perdu ses cœurs, car il en a plusieurs . Autant d’organes vitaux qui se trouvent dans la partie avant et sans lesquels le ver ne pourra pas vivre longtemps ; il est possible qu’il se tortille quelque temps après avoir été sectionné, mais il s’agit essentiellement de mouvements réflexes qui s’arrêteront définitivement au bout de quelques minutes.

Si l’envie de couper les vers en deux vous poursuit malgré ce que vous venez de lire, posez-vous donc plutôt des questions sur vous-mêmes et demandez-vous quel plaisir vous avez à torturer et à faire souffrir gratuitement des animaux.

Distribution

Carte GBIF de la présence du ver de terre commun dans le monde. https://www.gbif.org/fr/species/4410657

Histoire et Mythologie

Les  anciens avaient une relation  plus harmonieuse avec le monde animal. J’ai déjà écrit sur Pythagore ou Plutarque qui avaient une vision bien plus intelligente et sensible que la nôtre .  Il y a plus de 2000 ans, Aristote admirait les vers de terre  et les appelait “les intestins de la terre” .  Les Égyptiens, eux, avaient une grande considération pour tous les membres de la famille des lombricidae  et Cléopâtre les rangeait  dans la catégorie des animaux « sacrés » . Les Égyptiens n’avaient pas le droit de les extraire de la terre et les agriculteurs devaient les laisser en paix pour ne pas fâcher les dieux de la fertilité.  On voit ici que l’éthique des agriculteurs égyptiens est à mille lieues de celle de nos agriculteurs actuels pour qui  les autres animaux ne sont que des obstacles gênants à éliminer.

La peur irrationnelle que provoquent les vers de terre sur un grand nombre d’humains est toute contenue dans le mythe du Olgoi Khorkoi . Cette légende mongole met en scène  un ver géant. D’après les nombreux récits, ce ver mesurerait entre 60cm et 1.50 m. Il serait rouge écarlate et sa peau aurait l’allure d’un intestin de vache. Comme la plupart des vers, il serait impossible de distinguer entre sa tête et sa queue . Extrêmement dangereux  il serait capable, par exemple, de cracher un acide sulfurique dont la moindre goutte pourrait  faire rouiller les objets métalliques ou tuer un humain .  On raconte qu’il est aussi capable de tuer à distance grâce à des décharges électriques. D’autres récits  disent que l’animal est venimeux  et que le moindre contact avec lui entraine une mort quasi instantanée. Le Olgoi Khorkoi (ver à gros intestin) habiterait sous terre . Il dormirait la plupart du temps et ne remonterait à la surface qu’en juin ou juillet.

On raconte que  le meilleur moment pour le voir est les jours de pluie quand le sol est humide. Il se nourrirait de plantes rares qui poussent dans le désert de Gobi. Il apprécie tout particulièrement une plante toxique , le Goyo, dont le gout est un mélange entre la banane et le céleri   . Un paléontologue américain aurait bien essayé d’expliquer aux habitants de Mongolie que ce ver n’existait pas, mais la légende est tenace .

Aucun de ceux présents n’a jamais vu la créature, écrira le scientifique , mais ils croient dur comme fer en son existence et la décrivent avec grande précision”.

Taxonomie

Le ver de terre commun a été nommé et décrit par le naturaliste suédois Carl von Linné « Lumbricus terrestris »  en 1758. L’embranchement des Annélidés qui regroupe les animaux dont le corps est constitué d’une successions d’anneaux ou segments a été créé en 1802  par le naturaliste français Jean-Baptiste de Lamarck. 

Étymologie

Le nom de genre “Lumbricus” vient du latin et  signifie  ver de terre, ver intestinal.  D’autres sources le font descendre du mot Lubricus ,« glissant », qui est aussi à l’origine du mot lubrique (celui qui se laisse glisser vers les pulsions ).

L’épithète « terrestris »,  terre situe l’endroit où vit l’espèce .

Le mot ver viendrait du sanskrit (langue indo européenne) « Krimi » qui descend lui-même de la forme primitive « Kram » qui signifie aller , ramper .

De terre reprend l’épithète terrestris et signale l’endroit où vivent ces vers.

*Claude et Lydia Bourguignon sont microbiologistes . Ils ont consacré leur vie à l’étude des sols et ont démontré que la bonne santé des sols dépendait en grande partie des vers de terre. Ayant réalisé de très nombreuses études, ils ont constaté une chute constante et absolument régulière depuis 20 ans de l’activité biologique des sols due aux méthodes de l’agriculture moderne qui détruisent tout  .

Ils rappellent aussi que les sols hébergent 80 pour cent de la biomasse mondiale.  

Sur ce sujet de nouveaux chiffres arrivent tous les jours  et les « spécialistes » se déchirent  . Chacun avance le sien et avec le mépris que peut avoir celui qui pense détenir la vérité, juge celui de l’autre ridicule.  Mais le but ici n’est pas de donner une quelconque  vérité . Les chiffres au fond importent peu. L’essentiel est de comprendre l’importance d’une espèce et de réaliser que ce qui se passe sous terre est tout aussi important que ce qui se passe dessus.

Géodrilologie : Du grec « gê » terre de « drilos » vers de terre , et de « logos » étude ou science .

Branche de la zoologie qui étudie les vers de terre.

Drilosphère

Des mots grecs “drilos” ver de terre et “sphaîra” globe.

Partie du sol influencé et modifié par l’action des vers de terre. Cette zone est reconnue comme étant bien plus riche  et bien plus fertile que les zones où les vers de terre sont absents.  

* Marcel Bouché : directeur du laboratoire de zoo-écologie des sols de l’INRA,

Turricule : Du latin turris , tour et du suffixe diminutif culus .

Petite tour, appelé aussi tortillon, que l’on trouve à la surface de la terre et qui  est  constituée par les déjections de vers de terre.

Prostonium : premier segment du corps des annélides . il se trouve devant la bouche mais ne l’inclut pas .

Périprocte 

Chez les anéllidés dernier segmentqui correspond à la zone qui entoure l’anus .

Hermaphrodite : Phénomène biologique qui fait que l’individu possède à la fois les organes mâles et femelles, soit simultanément soit de manière alterné . Seuls les individus qui peuvent se reproduire comme mâle et  comme femelle sont considéré comme véritablement hermaphrodite

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