Hespérie de l’Alcée (carcharodus alceae)

  • Règne : Animalia
  • Classe : Insecta
  • Ordre : Lepidoptera
  • Super-famille : Papilionoidea
  • Famille :Hesperiidae
  • Sous-famille : Pyrginae
  • Genre : Carcharodus

Présentation

L’Hespérie de l’Alcée, appelée aussi la Grisette, est une espèce de lépidoptères appartenant à la famille des Hesperiidae. Cette famille compte environ 4 000 espèces dans le monde, une trentaine vivent en Europe et une vingtaine sont présentes en France. Parmi les espèces les plus connues figurent notamment l’Hespérie de la mauve, l’Hespérie de la houque, l’Hespérie de l’Alcée, l’Hespérie du dactyle ou encore le Sylvaine.

Les espèces de cette famille possèdent un corps trapu, une tête volumineuse, de grands yeux et des muscles thoraciques très développés qui leur confèrent un vol particulièrement rapide, vif et saccadé. Leurs antennes se terminent par une massue dont l’extrémité est recourbée en crochet. Cette particularité constitue un caractère distinctif des Hesperiidae.

Hespérie de l'alcée sur une Echinacea purpurea
Hespérie de l’alcée sur une Echinacea purpurea

L’Hespérie de l’Alcée fait aussi partie de la sous-famille des Pyrginae qui est divisée en sept tribus. Les espèces qui composent cette sous-famille présentent généralement une coloration brune ou grisâtre, souvent marbrée.

La Grisette appartient également au genre Carcharodus, qui regroupe des papillons dont les chenilles se développent principalement sur des plantes de la famille des Malvaceae. Les espèces de ce genre se distinguent par le dessin marbré brun, gris et blanchâtre de la face supérieure de leurs ailes. Ce camouflage est particulièrement efficace lorsque le papillon est posé au sol ou sur une pierre.

Description

L’Hespérie de l’Alcée est un petit papillon dont l’envergure varie de 25 à 30 millimètres. Son corps est trapu et recouvert de poils brun grisâtre. La tête est relativement volumineuse et les yeux occupent une grande partie de ses faces latérales.

La couleur dominante de ce papillon est le brun. Celui-ci est rehaussé de taches allant du beige clair au brun le plus sombre. Les nervures sont plus claires que le reste des ailes. Elles contribuent à l’aspect marbré de l’ensemble.  Les zones beiges présentent une légère teinte jaunâtre. Elles peuvent également laisser apparaître des reflets rosés ou violacés selon l’orientation de la lumière. Plusieurs taches claires sont visibles sur les ailes antérieures. Une série de taches forme également une bande sinueuse sur les ailes postérieures. Les bords des quatre ailes sont nettement dentelés et bordés d’une frange alternant des plages claires et brunes.

Le dessous des ailes est plus clair que le dessus. Les dessins y sont moins contrastés et les taches blanchâtres ressortent davantage, notamment sur les ailes postérieures.

Les antennes sont largement écartées et se terminent par une massue dont l’extrémité est recourbée en crochet. Cette particularité constitue un caractère distinctif des Hesperiidae.

L’espèce peut être confondue avec l’Hespérie de la Bétoine (Muschampia floccifera), mais cette dernière présente généralement une coloration plus sombre.

Alimentation

L’Hespérie de l’Alcée adulte se nourrit principalement du nectar des fleurs. Elle visite une grande variété de plantes sauvages ou horticoles. Ses préférences se portent sur les espèces de la famille des Malvaceae, comme les mauves et les guimauves, qui servent également de plantes hôtes pour sa chenille.

Elle butine aussi régulièrement les fleurs de la famille des Lamiaceae et des Fabaceae. Pour compléter son alimentation, elle recherche le nectar des Asteraceae. Elle apprécie particulièrement les centaurées, les chardons sauvages, mais visite également des variétés horticoles de cette famille, comme l’échinacée pourpre (Echinacea purpurea) (voir photo) . Les plantes de rocaille comme le sédum font aussi partie de ses sources de nourriture.

l’adulte se pose aussi fréquemment sur le sol humide, les excréments ou les matières en décomposition afin d’y prélever l’eau et les sels minéraux qui sont indispensables à son métabolisme.

Habitat

L’Hespérie de l’Alcée aime la chaleur et le soleil. Elle  recherche les espaces ouverts et bien éclairés. On la rencontre dans des endroits très variés, qu’ils soient sauvages ou modifiés par l’activité humaine. Elle fréquente ainsi les prairies sèches, les terrains abandonnés, les bords de chemins, les talus et les friches.

Elle s’installe aussi dans des lieux plus humides si le soleil y est présent, comme le bord des rivières ou les fossés où poussent les mauves. Les espaces habités lui conviennent parfaitement : elle visite volontiers les jardins, les potagers, les vergers et les parcs de nos villes. Ce papillon vit surtout en plaine, mais il grimpe parfois en montagne sur les pentes bien ensoleillées, jusqu’à une altitude de 2 000 mètres.

plantes hôtes

La chenille de l’Hespérie de l’Alcée se développe sur un nombre restreint de végétaux. Ses plantes nourricières appartiennent presque exclusivement à la famille des Malvaceae. La Grande mauve (Malva sylvestris), la Mauve commune (Malva neglecta), la Mauve musquée (Malva moschata) et la Mauve à petites feuilles (Malva pusilla) figurent parmi ses principales plantes hôtes.

Mauve musquée (Malva moschata)
Grande mauve (Malva sylvestris)

Elle se développe également sur la Guimauve officinale (Althaea officinalis), la Rose trémière (Alcea rosea) ainsi que sur différentes espèces du genre Lavatera. Plus rarement, elle utilise des plantes de la famille des Cistaceae, notamment plusieurs espèces d’Hélianthèmes (Helianthemum).

Parade nuptiale et accouplement

Le cycle de vie de l’adulte commence par la recherche d’un partenaire. Les mâles de l’Hespérie de l’Alcée se montrent très territoriaux. Ils choisissent un poste d’observation, souvent un coin de prairie, un chemin ou un sol dégagé, et surveillent les environs. Dès qu’un rival s’approche, le mâle s’envole aussitôt pour le chasser dans un vol rapide et saccadé.

Parade nuptiale de l'Hespérie de l'alcée
Parade nuptiale de l’Hespérie de l’alcée (Domaine public) Photo Zeynel Cebeci,

Quand une femelle traverse son territoire, le mâle entame une parade nuptiale qui dure plusieurs minutes. Les deux partenaires se posent ensemble sur le sol ou sur la végétation. Ils battent des ailes de manière rythmée et se touchent les antennes à plusieurs reprises. Si la femelle accepte la cour du mâle, l’accouplement a lieu. Les deux papillons restent alors unis pendant un certain temps, souvent immobiles à l’abri des prédateurs. La femelle fécondée se consacre ensuite à la recherche des mauves pour y déposer ses œufs.

Reproduction

Après l’accouplement, la femelle pond ses œufs isolément sur ses plantes hôtes, à raison de cinq à dix par plante. L’incubation dure deux à trois semaines.

Dès l’éclosion, la jeune chenille construit un petit abri en rapprochant les deux bords d’une feuille grâce à plusieurs fils de soie. Pour avoir observé toute la scène, j’ai pu constater que ce tissage est assez rapide et que l’abri, relativement sommaire, est construit au cours de la journée. Pour y parvenir, la chenille remue la tête de gauche à droite. Elle fixe successivement les fils de soie sur les deux bords de la feuille, puis les resserre progressivement jusqu’à ce qu’ils entrent en contact. La chenille commence par manger la feuille qui lui sert d’abri, sans avoir à en sortir. Très vite, elle doit cependant quitter son refuge pour trouver de nouvelles feuilles. Elle s’éloigne peu et regagne rapidement son abri au moindre danger.

Chenille de l’Hespérie de l’Alcée sur feuille de rose trémière
La chenille relie les deux côtés de la feuille avec son fil de soie
Les bords de la feuille sont joints et la chenille s’est cachée à l’interieur

Lorsque celui-ci devient trop étroit ou que la feuille est entièrement consommée, elle le quitte pour en construire un autre à proximité.

Ces abris leur servent au printemps et en été pour se protéger des prédateurs, mais ils sont aussi utilisés en hiver pendant la période de diapause pour se protéger du froid. Lorsque vient le moment de la métamorphose, la chenille construit un dernier abri dans lequel elle s’installe tête en bas avant de se transformer en chrysalide. Ces refuges accompagnent la chenille tout au long de son développement larvaire. Ils sont appelés tentes larvaires.

La feuille est complétement refermée . la chenille n’en sort que pour manger.
Les trous témoignent de ses sorties

La chenille possède un corps brun grisâtre ponctué de très nombreux petits points blancs et recouvert d’une fine pilosité. Sa tête est noire et globuleuse. Elle est suivie d’un fort rétrécissement qui porte deux taches jaune vif très caractéristiques.

L’espèce est plurivoltine et produit généralement trois générations par an. Une quatrième génération peut apparaître lorsque les conditions climatiques sont favorables. Les adultes sont observables d’avril à septembre.

Distribution

L’Hespérie de l’Alcée est présente sur une partie de l’Ancien Monde. On la rencontre dans une grande partie de l’Europe, principalement dans les régions centrales et méridionales, comme l’Espagne, l’Italie ou la Grèce. Le papillon est également présent sur plusieurs grandes îles de la mer Méditerranée, notamment la Corse, la Sardaigne, la Sicile et la Crète.

Son aire de répartition se prolonge vers l’est. Elle traverse la Turquie, les régions bordant la mer Noire et la mer Caspienne, puis s’étend jusqu’en Asie centrale, où sa répartition devient plus discontinue. Elle atteint enfin le sud de la Sibérie et le nord de l’Inde. L’espèce est également présente en Afrique du Nord, principalement sur les zones côtières du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie.

Carte Gbif de la présence de l’Hespérie de l’Alcée dans le monde
Carte Gbif de la présence de l’Hespérie de l’Alcée dans le monde https://www.gbif.org/fr/species/8277078

En France, ce papillon est présent dans la quasi-totalité des départements de la métropole. Comme il apprécie les milieux chauds et ensoleillés, il est plus abondant et plus facile à observer dans la moitié sud du pays ainsi que sur le littoral méditerranéen. Il devient plus rare et plus localisé vers le nord et le nord-ouest, où le climat est plus frais. Il est absent de l’Irlande et presque totalement du Royaume-Uni. Il est également absent de la majeure partie de la Scandinavie, où les températures sont généralement trop basses pour assurer son développement.

Taxonomie

L’Hespérie de l’alcée a été décrite et nommée par le naturaliste allemand Johann Christoph Esper en 1780 sous le nom initial de Papilio alceae.

Le nom de genre Carcharodus a été créé en 1819 par l’entomologiste allemand Jakob Hübner.

 La famille des Hesperiidae a été proposée en 1809 par l’entomologiste français Pierre André Latreille.

Étymologie

Le nom de genre Carcharodus vient du grec « karkharodous », qui a des dents pointues. Le mot fait référence aux franges en dents de scie qui se trouvent sur le pourtour des ailes. Les recherches de Jean-Yves Cordier sur la zoonymie de ce papillon mettent en lumière les notes originales de Jakob Hübner lors de la création de ce genre en 1819. L’entomologiste allemand a classé ces insectes dans un groupe qu’il a lui-même baptisé « Les Méfiants ». Ce choix associe le comportement farouche du papillon, prompt à fuir au moindre mouvement, à sa morphologie. Hübner a spécifié que les bordures de leurs ailes étaient dentelées de manière assez acérée, comme une mâchoire qui montre les crocs pour se défendre. Le grand requin blanc partage cette origine et a pour nom scientifique « Carcharodon carcharias ».

L’épithète alceae désigne la plante nourricière de l’insecte. Esper indique dans son texte d’origine qu’il a découvert la chenille en abondance sur la rose trémière, Alcea rosea. Il a alors emprunté le nom de ce végétal pour baptiser le papillon. La rose trémière est une plante importée d’Orient au douzième siècle à l’époque des Croisades. Cette origine exotique a poussé certains auteurs plus tardifs à imaginer un lien erroné avec la Mauve alcée, qui est une plante sauvage locale.

Le nom vernaculaire Hespérie reprend celui de sa famille. Il descend du mot grec « Hespéris » qui personnifie le couchant. On retrouve la même idée de soir dans les Hespérides qui sont les nymphes du couchant. L’auteur a certainement voulu mettre l’accent sur le fait que ce papillon est particulièrement présent en fin de journée.

Le nom populaire de Grisette a été créé en 1762 par Étienne-Louis Geoffroy. Ce terme faisait explicitement référence à un drap de couleur grise et de peu de valeur. À cette époque, le grand public manifestait un manque d’intérêt évident pour ce papillon terne par rapport aux espèces vivement colorées qui captaient toute l’attention. L’entomologiste Jean-Baptiste Godart a transféré ce nom à notre espèce en 1821 pour évoquer la teinte marbrée de ses ailes. Pour mettre fin aux confusions avec d’autres papillons, le spécialiste Gérard Luquet a créé le nom d’Hespérie de la Passe-Rose en 1986, d’après l’ancien nom de la rose trémière. Ce même auteur a finalement choisi la désignation d’Hespérie de l’alcée en 1997 pour privilégier une résonance avec la flore autochtone. L’usage conserve également le nom d’Hespérie de la rose trémière.

Noms à l’étranger

Les désignations de ce lépidoptère dans les différentes langues européennes mettent en avant les mêmes critères botaniques ou morphologiques qu’en français. En anglais, le papillon se nomme « Mallow Skipper », ce qui se traduit par le voilier de la mauve. Les Allemands l’appellent « Malven-Dickkopffalter », un terme qui désigne le papillon à grosse tête de la mauve. De la même façon, les Néerlandais utilisent le nom de « Malvandoorntje », qui associe la mauve à l’idée d’une petite dentelure.

En Europe du Sud, l’Espagne et l’Italie choisissent également des termes liés à cette plante ou aux ailes. En espagnol, le nom officiel est « Piquitos castaña », une formule qui évoque à la fois les petits pics dentelés des ailes et leur couleur châtaigne, mais l’usage emploie aussi le nom de « Malva ». En italien, l’espèce porte la désignation de « Marbire de la malva », qui rappelle l’aspect marbré du motif et son lien étroit avec la plante. Les Suédois se distinguent par une référence directe au genre botanique de la rose trémière et nomment le papillon « Stockrosvisslare », le siffleur des roses trémières. Enfin, les Polonais utilisent l’appellation « Warcabnik ślazowiec », un terme qui associe un motif en damier à la mauve.

2 réflexions sur “Hespérie de l’Alcée (carcharodus alceae)”

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