Brenthis daphné (Nacré de la ronce)

  • Règne : Animalia
  • Classe : Insecta
  • Ordre : Lepidoptera
  • Famille : Nymphalidae
  • Sous-famille :Heliconiinae
  • Genre : Brenthis

Un papillon que je n’avais jamais réussi à photographier. Il est assez rare dans mon coin et je suis heureux d’avoir pu enfin lui tirer le portrait.

Présentation

Le Nacré de la ronce est une espèce de lépidoptères appartenant à la famille des Nymphalidae. Cette famille compte environ 6 000 espèces dans le monde, dont plus de 240 vivent en Europe et plus de 130 sont présentes en France. Parmi les plus communes que l’on rencontre sur le territoire figurent le Paon du jour (Aglais io), le Vulcain (Vanessa atalanta), la Petite Tortue (Aglais urticae), le Robert-le-Diable (Polygonia c-album) ou encore le Tabac d’Espagne (Argynnis paphia). L’une des principales caractéristiques de ce groupe réside dans la réduction de leur première paire de pattes, qui ne sert plus à la marche. Ces pattes antérieures atrophiées se transforment en de petits manchons poilus qui jouent un rôle purement sensoriel. Ils servent notamment à goûter les plantes ou à nettoyer les antennes..

Nacré de la ronce

À l’intérieur de cet ensemble, il se classe dans la sous-famille des Heliconiinae. Ce groupe regroupe environ 500 espèces à l’échelle mondiale, principalement diversifiées dans les régions néotropicales, mais il possède aussi de nombreux représentants dans les zones tempérées. En France, les membres les plus célèbres de cette sous-famille sont appelés les nacrés, parmi lesquels figurent le Grand Nacré (Speyeria aglaja), le Moyen Nacré (Argynnis adippe), le Petit Nacré (Issoria lathonia) ou encore le Tabac d’Espagne (Argynnis paphia). L’une des principales caractéristiques de cette sous-famille réside dans la présence de motifs argentés ou nacrés sur le revers des ailes postérieures.

Le Nacré de la ronce appartient également au genre Brenthis. En Europe, les espèces de ce genre ont des chenilles inféodées à des plantes de la famille des Rosaceae. Elles présentent un dessus des ailes fauve orné d’un motif complexe de taches noires. Vers l’extérieur des ailes, ces dessins se transforment en plusieurs rangées de points et de chevrons régulièrement alignés parallèlement au bord.

Description

Le Nacré de la ronce est un papillon de taille moyenne dont l’envergure est comprise entre 40 et 50 mm.

La tête est recouverte d’une pilosité roussâtre assez dense. Les deux grands yeux composés sont de couleur gris verdâtre. Les antennes sont annelées de noir et de blanc. Elles se terminent par une excroissance en forme de massue dont la pointe est orangée. Comme chez les autres papillons, une longue trompe enroulée au repos lui permet de se nourrir du nectar des fleurs.

Le thorax est robuste et recouvert d’une pilosité brun orangé. Il porte trois paires de pattes fines et jaunâtres.

L’abdomen est allongé, cylindrique et recouvert d’une fine pilosité brun orangé.

Le dessus des ailes antérieures est orange vif et marqué de nombreuses taches noires. L’apex est légèrement plus arrondi que chez la plupart des autres nacrés. Vers l’extrémité des ailes, les taches deviennent plus petites et s’organisent en plusieurs rangées parallèles au bord de l’aile.

Le dessus des ailes postérieures est également orange et orné de nombreuses taches noires. Près du bord de l’aile, les triangles noirs sont généralement isolés les uns des autres ou seulement reliés par une fine ligne noire. Les franges présentent une alternance de plages claires et brun foncé.

Le dessous des ailes antérieures est orange avec des taches noires dont le dessin rappelle celui de la face supérieure. La principale différence se situe au niveau de l’apex, qui présente des teintes plus jaunâtres.

Le dessous des ailes postérieures présente un contraste très marqué entre ses différentes zones. La partie basale, proche du corps, est beige clair et parcourue d’un réseau de lignes brun roux. Vers le milieu de l’aile, une zone beige est tachée de brun violet. La moitié externe est nettement plus sombre avec des reflets brun violet. On y distingue plusieurs points clairs cerclés de brun foncé. Ce contraste entre les différentes zones constitue l’un des meilleurs critères d’identification de l’espèce.

Alimentation

L’alimentation du Nacré de la ronce adulte se compose essentiellement de nectar. Il butine très fréquemment les fleurs des ronces et des framboisiers, qui constituent également les principales plantes hôtes de ses chenilles. Il visite aussi celles de nombreuses autres plantes, comme les chardons, les centaurées, les cirses, les knauties, les scabieuses, les cardères, les marguerites, la Reine-des-prés ou encore l’origan.

Nacré de la ronce qui butine une marguerite.
Nacré de la ronce qui butine une marguerite.

Habitat

Le Nacré de la ronce fréquente principalement les milieux ouverts ou semi-ouverts riches en ronces. On l’observe dans les lisières de forêts, les clairières, les chemins forestiers, les haies, les friches, les prairies fleuries, les talus et les bords de routes peu entretenus. Il apprécie les endroits ensoleillés où alternent végétation basse, arbustes et buissons.

Sa présence est étroitement liée à celle de ses plantes hôtes, les ronces et les framboisiers, sur lesquelles se développent ses chenilles. Les adultes recherchent également les secteurs riches en fleurs qui leur fournissent le nectar nécessaire à leur alimentation.

Plantes hôtes

Comme son nom l’indique, le Nacré de la ronce est étroitement lié aux ronces. Les femelles pondent principalement sur la Ronce commune (Rubus fruticosus agg.), mais aussi sur la Ronce bleuâtre (Rubus caesius) et le Framboisier (Rubus idaeus). Les jeunes chenilles se nourrissent des feuilles de ces plantes, sur lesquelles elles accomplissent l’essentiel de leur développement.

Roncier et fleurs de ronce
Roncier et fleurs de ronce

D’autres plantes de la famille des Rosacées peuvent également servir de plantes hôtes. C’est notamment le cas de certaines potentilles (Potentilla) et de quelques spirées (Spiraea), même si les ronces et les framboisiers restent les plus fréquemment utilisés.

Cycle de vie

L’accouplement se déroule sans parade nuptiale complexe ou spectaculaire. Le mâle patrouille activement au-dessus des ronciers à la recherche d’une femelle. Lorsqu’il en repère une, il se pose directement à ses côtés et s’accouple avec elle.

À la fin du mois de juin ou au début de juillet, la femelle fécondée dépose ses œufs isolément sur les feuilles ou parfois sur les fleurs des ronces. Ils ont une forme conique et une couleur jaunâtre à blanchâtre. Cette espèce ne produit qu’une seule génération par an. Après la ponte, la jeune chenille se forme à l’intérieur de l’œuf. Selon les conditions climatiques, l’espèce hiverne à l’état d’œuf ou de jeune chenille.

Bien protégés, ces deux stades peuvent supporter des températures jusqu’à −20 °C.

Au printemps suivant (dès le mois de mars) la chenille sort enfin de son œuf ou reprend son développement si elle a déjà éclos. Sa croissance se déroule en cinq stades successifs. Elle se transforme ensuite en chrysalide. La métamorphose dure de dix à vingt-six jours avant l’émergence du papillon adulte au début de l’été.

Distribution

Le Nacré de la ronce vit en Europe et en Asie. On le trouve principalement dans deux grandes régions distinctes. La première s’étend de l’Espagne jusqu’à l’ouest de la Russie et couvre une grande partie de l’Europe centrale et du Sud. Elle englobe également la Turquie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan. La seconde se situe à l’autre extrémité du continent. Elle s’étend à travers la Russie sibérienne, la Chine et jusqu’au Japon. L’espèce est absente d’Angleterre et de la Fennoscandie (Finlande, Norvège, Suède, péninsule de Kola et Carélie).

Carte GBIF de la présence du Brenthis daphné dans le monde
Carte GBIF de la présence du Brenthis daphné dans le monde https://www.gbif.org/fr/species/8140883

En France, elle est présente sur la quasi-totalité du territoire métropolitain, ainsi qu’en Corse. On peut l’observer dans la grande majorité des départements, aussi bien en plaine qu’en montagne. Elle est présente partout où poussent les ronciers.

Confusion

Le Nacré de la ronce peut être facilement confondu avec son cousin le Nacré de la sanguisorbe (Brenthis ino), qui est légèrement plus petit. Il peut également être confondu avec plusieurs autres espèces de Nymphalidae portant elles aussi le nom de « nacré ». Une observation attentive du dessus et surtout du dessous des ailes est parfois nécessaire pour le distinguer du Petit Nacré (Issoria lathonia), du Nacré porphyrin (Boloria titania), du Nacré de la filipendule (Brenthis hecate), du Nacré de la canneberge (Boloria aquilonaris), du Grand Nacré (Speyeria aglaja) ou du Moyen Nacré (Argynnis adippe).

Petit nacré (Issoria lathonia)
Tabac d’Espagne femelle (Argynnis paphia)
Petite violette (Boloria dia)

Il peut aussi être confondu avec d’autres papillons orange ornés de taches noires, comme le Tabac d’Espagne (Argynnis paphia), le Cardinal (Argynnis pandora), le Chiffre (Fabriciana niobe), la Petite Violette (Boloria dia) ou le Grand Collier argenté (Boloria euphrosyne). Vous l’aurez compris, l’identification n’est pas toujours facile et l’utilisation d’un ouvrage spécialisé est souvent nécessaire.

Taxonomie

Le Nacré de la ronce a été décrit et nommé par le naturaliste allemand Johann Andreas Benignus Bergsträsser en 1780 sous le nom initial de Papilio daphne.

Le nom de genre Brenthis a été créé en 1819 par l’entomologiste allemand Jakob Hübner.

La famille des Nymphalidae a été proposée en 1815 par le naturaliste d’origine française Constantine Samuel Rafinesque.

Étymologie

D’après Gianfranco Colombo, le nom de genre Brenthis ferait référence à Brontès, l’un des Cyclopes de la mythologie grecque. Le nom de chacun des trois frères est associé à un phénomène orageux. Brontès signifie « tonnerre », Stéropès « éclair » et Argès « foudre ».

Une autre hypothèse rattacherait ce nom à un quartier appelé Brenthis dans la cité de Troie. Je cite ici cette proposition de l’Encyclopédie de Monaco, mais aucune autre source ne la confirme.

L’épithète daphne renvoie, comme souvent, à la mythologie grecque. Daphné était une très belle nymphe. Fille du dieu-fleuve Pénée et de la naïade Créuse, elle aurait été le premier amour d’Apollon. Pour lui échapper, elle demanda à son père de la transformer en laurier. Depuis lors, cet arbre est devenu l’un des symboles du dieu.

Le nom vernaculaire « Nacré » a été donné en 1762 par Étienne-Louis Geoffroy pour décrire les taches nacrées visibles à l’apex du revers des ailes antérieures et sur toute la surface du revers des ailes postérieures du Petit Nacré. Ce nom a ensuite été attribué à plusieurs espèces présentant des taches nacrées sur le revers des ailes.

Le mot « ronce » fait bien évidemment référence aux principales plantes hôtes sur lesquelles se développent les chenilles de cette espèce.

Le Nacré de la ronce a été baptisé Grande Violette par Jacques-Louis Engramelle en 1780. Ce nom fait référence aux reflets brun violet du revers des ailes postérieures. Cette même caractéristique se retrouve dans les appellations Nacré lilacé et Nacré lilas. Le nom Grand Jaspé lilas évoque quant à lui les nombreuses taches qui ornent les ailes (jaspé signifiant « tacheté » ou « marbré »), associées à ces mêmes reflets lilas. L’espèce est également appelée simplement Daphné.L’espèce est également appelée Nacré lilacé, Nacré lilas ou simplement Daphné.

Les noms à l’étranger

En anglais, l’espèce est appelée Marbled Fritillary. Le mot marbled signifie « marbré » et fait référence aux dessins contrastés du revers des ailes. Le terme fritillary vient du latin fritillus, qui désigne un cornet à dés. Il évoque les motifs en damier caractéristiques de nombreux papillons de cette sous-famille.

En allemand, elle porte le nom de Brombeer-Perlmuttfalter. Le mot Brombeer signifie « ronce », en référence à la principale plante hôte de la chenille. Perlmuttfalter se traduit littéralement par « papillon de nacre » et rappelle les taches nacrées présentes sur le revers des ailes.

En espagnol, l’espèce est appelée Violeta de dos colores, que l’on peut traduire par « Violette de deux couleurs ». Ce nom fait référence au contraste marqué entre les deux moitiés du revers des ailes postérieures, dont l’une est beige clair et l’autre brun violet.

En italien, l’espèce est nommée Daphne. Les Italiens ont ainsi conservé le nom de la nymphe de la mythologie grecque qui a inspiré l’épithète scientifique. Au Japon, où l’espèce est également présente, elle est appelée Hyōmonchō (ヒョウモンチョウ). Ce nom signifie littéralement « papillon au motif de léopard » : hyō signifie « léopard », mon « motif » et chō « papillon ». Les Japonais ont ainsi choisi de mettre en avant les nombreuses taches noires qui couvrent les ailes et rappellent le pelage tacheté d’un félin.  

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