
Le jardin tel que je le conçois. Outil de connaissance, d’observation et de pensée.
Notre jardin dit qui l’on est. Il exprime le point de vue avec lequel on regarde la nature, et permet de « mettre en terre » notre philosophie. Il est une œuvre de culture.
Traverser un jardin doit nous amener à penser ou plutôt à repenser le monde.
Dans le sien, Épicure enseignait les techniques pour parvenir à l’ataraxie, ou paix de l’âme, grâce à un savant dosage des plaisirs.



Dans le mien (le jardin des oiseaux), j’y montre comment l’on peut retourner un point de vue et passer du jardin autocentré*, qui n’est fait que pour le l’ humain , à un jardin antispéciste, qui est conçu pour le bien-être de l’ensemble des espèces.
L’esthétique est une éthique
Dans un monde autocentré où l’important est de dominer l’autre et d’exposer sa richesse, le jardin bourgeois définit les critères du beau. Un jardin centré autour de son propriétaire qui en met plein la vue aux voisins est un beau jardin.

Dans un monde antispéciste, où l’important est le respect et le bien-être de « toutes » les espèces, le jardin antispéciste définit les critères du beau. Un jardin qui attire un grand nombre d’espèces et où chaque espèce trouve son compte est un beau jardin.
Jardin d’Épicure
Le Jardin d’Épicure n’était pas une académie rigide, mais une communauté de vie. Contrairement aux autres écoles athéniennes, il s’agissait d’une école philosophique ouverte aux hommes, aux femmes et même aux esclaves, abolissant ainsi les hiérarchies sociales de la cité. Épicure l’a créé en 305 av. J.-C. sur un terrain qui se situait dans les faubourgs d’Athènes. Il l’avait acheté pour « 80 mines » et il y créa un jardin qui devint le centre des études épicuriennes.
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Épicure et ses amis y philosophaient au pied de sa maison. L’enseignement y était vivant : on n’y apprenait pas seulement des théories, mais on y pratiquait la sagesse au quotidien. Son objectif était d’aider ses étudiants à se libérer des peurs inutiles qui « gâchent la vie des humains » par l’étude de la nature. Le jardin avait pour fonction d’extraire ses élèves du bruit de l’agora pour leur permettre de penser le monde avec un certain recul.

Pour Épicure, la philosophie se faisait à plusieurs. Il y a l’idée chez lui d’une philosophie collaborative où chacun peut intervenir librement et donner son avis. C’est une philosophie partagée. Épicure apporte le cadre et de nombreux échanges naît la pensée. On y pratiquait aussi l’écriture de lettres et de maximes courtes, afin que chacun puisse mémoriser et emporter avec soi les remèdes à la douleur de l’âme.
Le mot « épicurien » est aujourd’hui employé à contresens pour désigner des « jouisseurs » ou des « bons vivants » qui pratiquent la nourriture, l’alcool et la fête sans aucune retenue. Or ce mode de vie, qui est un hédonisme exacerbé, est à l’opposé de la philosophie d’Épicure qui était végétalien et ne buvait que de l’eau. La clé de la sagesse épicurienne peut être résumée ainsi : « Nous ne pouvons être heureux que si nos désirs, au lieu d’être illimités, se ramènent à la dimension restreinte des besoins de notre corps. »
