La neige du peuplier

Présentation

Avez-vous remarqué ce coton blanc qui tombe des peupliers au mois de mai ? Ces filaments cotonneux sont parfois si nombreux sur le sol qu’on a l’impression qu’il a neigé. Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas du tout de pollen. En réalité, c’est le mode de dissémination choisi par le peuplier pour transporter ses graines loin de son pied.

Ce coton peut s’avérer dérangeant car il recouvre tout en quantité et s’immisce dans le nez ou la gorge. S’il ne risque pas, théoriquement, de causer de fortes allergies puisqu’il est dépourvu de pollen, la réalité est plus complexe en raison d’un rôle de vecteur passif.

L’effet « filet à pollen » et la synergie allergisante

La bourre possède une texture filamenteuse conçue pour être porté par le vent , mais cette structure agit également comme un véritable filet qui emprisonne tout ce qui flotte dans l’air. Au mois de mai , la période de dissémination des graines de peuplier coïncide précisément avec le pic de pollinisation des graminées (foin, dactyle, fléole).

En circulant, ces filaments capturent et concentrent les grains de pollen de graminées, extrêmement allergisants. Lorsqu’une personne inhale cette « neige », elle reçoit en réalité une dose massive et concentrée de pollens, de poussières et de moisissures piégés dans les fibres. C’est ce mécanisme de transport qui explique pourquoi de nombreuses personnes présentent des symptômes allergiques violents exactement au moment où les peupliers « neigent ».

Un irritant mécanique puissant

Au-delà du transport de pollens, la bourre provoque une irritation mécanique. Les microfibres de cellulose stimulent directement les récepteurs sensoriels des muqueuses nasales et oculaires. Chez une personne dont les voies respiratoires sont déjà sensibilisées, cette irritation provoque une inflammation qui facilite la pénétration des allergènes réels dans l’organisme.

Ce phénomène facilite alors la pénétration des allergènes réels (les pollens capturés) dans l’organisme : c’est ce qu’on appelle un effet de synergie. Rappelons que quand la bourre arrive, la phase pollinique propre au peuplier est déjà terminée depuis quatre ou cinq semaines ; l’arbre est d’ailleurs considéré comme faiblement allergisant en lui-même.

Appareil reproducteur

Les arbres de la famille des peupliers sont dits dioïques : les fleurs mâles (staminées) et les fleurs femelles (pistillées) sont portées par des individus distincts. Ces fleurs sont regroupées en inflorescences pendantes appelées chatons, qui apparaissent bien avant les feuilles. Les chatons mâles, souvent rougeâtres, libèrent une grande quantité de pollen transporté par le vent jusqu’aux chatons femelles, plus verdâtres. On parle ici de pollinisation anémophile.

Une fois la fécondation réussie, les fleurs femelles se transforment en capsules verdâtres disposées en grappes le long de l’ancien chaton. À l’intérieur, chaque ovule fécondé devient une minuscule graine noire. À maturité, la capsule se dessèche et s’ouvre en deux ou quatre valves, libérant les graines fixées à une touffe de longs poils soyeux issus du funicule (le petit cordon qui relie la graine à la paroi).

C’est ce dispositif de parachute naturel, l’anémochorie, qui permet à la graine d’être soulevée par la moindre brise et de coloniser de nouveaux territoires, parfois à plusieurs kilomètres de l’arbre mère.

La date de cette « neige » varie selon le climat. Au Jardin des oiseaux, elle était arrivée le 6 mai en 2018, tandis qu’en 2023, elle a commencé à tomber le 7 mai.

La date de la neige peut varier selon le climat, mais elle tombe en général au mois de mai . En 2018 par exemple elle était arrivée au jardin des oiseaux le 7 mai alors que cette année (2023) il a commencé à neiger  le 6 mai . En 2026 les premiers « flocons » sont apparus le 25 avril.

Durée

La durée du phénomène est variable et peut aller d’une semaine à plusieurs semaines selon la taille, le nombre et l’âge des peupliers. Sa nuisance dépend aussi du climat. S’il fait beau et chaud, les flocons peuvent voler pendant des semaines et causer des allergies sur de longues durées , alors qu’ils seront plaqués au sol et rapidement neutralisés s’il y a des pluies abondantes.

 Réseau national de surveillance Aérobiologique

Anémochorie :  du grec « anemos » vent et « khorein » se mouvoir ou se déplacer

Dioïque :  La dioécie ou diécie est une caractéristique qui fait que les espèces sont unisexuées .

Chez les animaux elle s’oppose à l’hermaphrodisme et se rencontre chez la plupart des vertébrés . Chez les plantes chaque individu porte soit des fleurs mâles (staminées ) soit des fleurs femelles (pastilles) .

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