- Règne : Animalia
- Classe : Insecta
- Super ordre : Endopterygota
- Ordre : Lepidoptera
- Super famille : Papilionoidea
- Famille :Nymphalidae
- Sous-famille : Heliconiinae
- Tribu : Argynnini
- Genre : Argynnis
Présentation
Le Tabac d’Espagne appartient à la famille des Nymphalidés (Nymphalidae), qui rassemble le plus grand nombre de papillons diurnes avec environ 540 genres et plus de 6 000 espèces dans le monde.
En France, cette famille compte plus de 130 espèces, parmi lesquelles le Paon du jour (Aglais io), le Vulcain (Vanessa atalanta), la Petite Tortue (Aglais urticae), la Belle-Dame (Vanessa cardui), la Carte géographique (Araschnia levana), le Petit Mars changeant (Apatura ilia) ou encore le Robert-le-Diable (Polygonia c-album).

Les Nymphalidés sont divisés en douze sous-familles (Apaturinae, Biblidinae, Heliconiinae, Satyrinae, etc.). Le Tabac d’Espagne appartient aux Heliconiinae, une sous-famille dont la grande majorité des espèces vivent dans les régions tropicales. Sous nos latitudes, c’est la tribu des Argynnini qui est la mieux représentée. Ses membres sont appelés les « Nacrés » en raison des taches argentées qui ornent le revers des ailes postérieures de nombreuses espèces.
Le Tabac d’Espagne appartient au genre Argynnis, qui regroupe plusieurs grands papillons aux ailes fauves ornées de taches noires. Parmi les autres représentants des Argynnini figurent le Petit Nacré (Issoria lathonia), le Moyen Nacré (Fabriciana adippe), le Nacré de la ronce (Brenthis daphne), la Petite Violette (Boloria dia) et le Grand Collier argenté (Boloria euphrosyne).



Les anglophones désignent ces papillons sous le nom de « Fritillaries ». Ce terme dérive du latin fritillus, qui désignait un gobelet servant à lancer les dés. Par analogie avec le motif en damier de la fritillaire pintade (Fritillaria meleagris), ce nom a ensuite été appliqué à ces papillons en raison du dessin régulier de leurs ailes, formé de taches sombres sur un fond fauve.
Description
Le Tabac d’Espagne fait partie des papillons de bonne taille puisqu’il peut atteindre 65 mm d’envergure. Celui-ci a tourné toute l’après-midi autour du buddleia qui a fleuri hier. Au jardin, le mâle est facilement reconnaissable à sa couleur orange vif et à ses quatre traits épais sur le dessus des ailes antérieures. Ces lignes obliques sont des stries androconiales. Composées d’écailles spécialisées, elles diffusent, lors de la saison des amours, des phéromones sexuelles pour attirer les femelles.


Le dimorphisme de cette espèce est marqué. La femelle présente une teinte plus terne ainsi que des ailes plus grandes et plus arrondies. Elle ne possède pas les stries androconiales caractéristiques des mâles. Dans certaines régions, il existe une forme femelle, dite valesina, dont le dessus des ailes n’est pas orange mais gris avec des zones sombres et des reflets verdâtres. Une forme immaculata est également présente en Corse et en Sardaigne. La face inférieure des ailes est globalement identique chez les deux sexes.

Le revers des ailes antérieures conserve la couleur orange et les taches noires du dessus, mais l’apex est lavé de verdâtre. La caractéristique qui permet d’identifier l’espèce avec certitude se situe sur le revers des ailes postérieures. Le fond y est vert olive, parfois plus sombre ou grisâtre chez la femelle, et se voit traversé par des zébrures argentées uniques qui distinguent le Tabac d’Espagne de tous les autres nacrés à taches rondes. Les yeux sont assez gros et verts. Ils sont surmontés de deux antennes orangées dont l’extrémité en forme de massue comporte une petite zone noire. Son abdomen est recouvert de poils bruns et apparaît plus épais chez les femelles qui portent les œufs. Le Tabac d’Espagne est une espèce univoltine. Les imagos (adultes) vivent entre trois et quatre semaines. Au Jardin des Oiseaux, ils apparaissent en juin et disparaissent vers la fin du mois d’août.
Alimentation
Les adultes du Tabac d’Espagne sont des butineurs actifs qui se nourrissent principalement du nectar des fleurs. Ils marquent une préférence très nette pour les fleurs de ronce, de chardon et de centaurée, mais apprécient également l’eupatoire chanvrine ou le buddléia. Ces papillons tirent de ce nectar les sucres nécessaires à leur vol puissant.


Contrairement à de nombreuses autres espèces, ils ne se contentent pas de fleurs et recherchent aussi les exsudats sucrés produits par les pucerons sur les feuilles des arbres. On peut également les observer au sol, sur la terre humide ou les excréments, afin d’y pomper les sels minéraux essentiels à leur métabolisme.
Plantes hôtes
Ses plantes hôtes sont les violettes. La femelle peut déposer ses œufs sur plusieurs espèces comme la Violette de Rivin (Viola riviniana), la Violette de Reichenbach (Viola reichenbachiana), la Violette blanche (Viola alba), la Violette hérissée (Viola hirta) ou encore la Violette des chiens (Viola canina).

les femelles ne pondent pas leurs œufs directement sur les plantes hôtes, mais sur le tronc des arbres situés aux alentours, généralement dans les anfractuosités de l’écorce.
Reproduction
L’accouplement a lieu au cœur de l’été, principalement en juillet et août. Il est toujours précédé par des vols spectaculaires du mâle qui tourne autour de la femelle pour l’impressionner. Il s’approche d’elle et frotte ses androconies contre son corps. Si la femelle est consentante, l’accouplement a lieu dos à dos. En cas de danger, ils peuvent s’envoler dans cette position peu confortable et se poser un peu plus loin.
La femelle pond ensuite ses œufs un par un, en veillant à ne pas les déposer directement sur sa plante nourricière, la violette. Elle choisit des supports verticaux situés à proximité, principalement l’écorce et les mousses des troncs d’arbres environnants. Les œufs sont verts et présentent 20 à 30 côtes longitudinales. À peine éclose, la chenille mange le chorion (l’enveloppe de l’œuf), qui constitue sa seule nourriture de l’année. Elle ne s’alimente pas davantage et entre aussitôt en diapause sous l’écorce pour traverser l’automne et l’hiver. Ainsi, aucune chenille née durant l’été ne se transformera en papillon au cours de la même année.
Ce n’est qu’au printemps suivant, en avril ou en mai, que la chenille sort de sa léthargie hivernale pour descendre du tronc et s’installer enfin sur les violettes. Elle se nourrit la nuit et se dissimule le jour sous les feuilles ou les branchages.
Lorsque son développement est achevé, la chenille se fixe à un support grâce à un coussinet de soie pour se transformer en chrysalide. La métamorphose dure de deux à quatre semaines selon la température.
Comportement et alimentation
Le Tabac d’Espagne est avant tout un papillon forestier. Contrairement à d’autres nacrés qui préfèrent les prairies ouvertes, il affectionne tout particulièrement les lisières de bois, les clairières ensoleillées, les larges allées forestières, les jardins boisés et les parcs, pourvu que ces milieux soient riches en ronces, en chardons et en fleurs nectarifères. On l’observe souvent voler à la hauteur de la canopée, mais il descend volontiers au niveau du sol pour butiner. Il apprécie particulièrement les fleurs de Buddleia (l’arbre aux papillons), les eupatoires à feuilles de chanvre et les ronces, dont il semble raffoler du nectar durant les heures les plus chaudes de l’après-midi.
Le Tabac d’Espagne est une espèce univoltine, c’est-à-dire qu’il ne produit qu’une seule génération par an.
Distribution
On le trouve partout en Europe et en Asie, à l’exception des pays trop froids d’Europe du Nord comme la Scandinavie ou le nord de la Grande-Bretagne. Il est également présent en Afrique du nord, en Turquie , en Azerbaïdjan ou en Géorgie. En montagne on peut le croiser jusqu’à 2000 mètres d’altitude.

Carte GBIF de la présence du Tabac d’Espagne dans le monde
Avec le réchauffement climatique, on observe une remontée progressive de l’espèce vers le nord de l’Europe, tandis qu’elle devient plus rare dans les régions les plus méridionales où les sécheresses estivales impactent la survie des violettes (plantes hôtes).
Confusion
Le Tabac d’Espagne peut être confondu avec plusieurs espèces de grandes Argynnes, appelées aussi les Nacrés, comme le Moyen Nacré (Fabriciana adippe) ou le Grand Nacré (Speyeria aglaja).
Si l’on s’en tient au dessus des ailes, toujours orange avec des taches noires, l’identification n’est pas aisée. Pour les distinguer, il faut impérativement se concentrer sur le revers (le dessous) des ailes postérieures :
- Le Tabac d’Espagne est le seul des Nacrés à ne pas porter de taches rondes nacrées. Le revers de ses ailes postérieures est vert olive et parcouru de fines zébrures argentées.
- Les autres Nacrés possèdent au contraire des taches nacrées bien distinctes, qui ressemblent à de petites perles incrustées. Ils ne présentent jamais ces zébrures allongées.


Le Tabac d’Espagne peut aussi être confondu avec le Cardinal (Argynnis pandora), une espèce très proche. La différence la plus visible se situe sur le revers des ailes antérieures. Celui du Cardinal est d’un rose carmin très marqué, tandis que celui du Tabac d’Espagne reste orange.
Le nom vernaculaire de « Cardinal » a été créé par le père Augustin Engramelle. Le naturaliste trouvait que le rose carmin des ailes rappelait la couleur de la pourpre cardinalice, qui distingue les cardinaux de l’Église.
Étymologie
Le Tabac d’Espagne est l’un des premiers papillons nommés par Linné, car l’espèce est présente jusque dans le nord de la Suède. Il entre dans la nomenclature binominale en 1758 sous le nom de Nymphalis paphia. Linné y adjoint alors une brève description : « avec les ailes dentées, fauves, tachées de noir ; le dessous avec des lignes transversales argentées. »»

L’origine des noms scientifiques : Le nom de genre est modifié par Fabricius en 1807. Pour des raisons de classement, il remplace Nymphalis par Argynnis, l’un des qualificatifs accolés dans l’Antiquité à la déesse Aphrodite. Le genre Nymphalis reste aujourd’hui celui de plusieurs autres papillons comme la Grande Tortue ou la Vanesse du saule.
L’épithète paphia est un autre qualificatif lié à la déesse Aphrodite. La légende raconte qu’elle aborde à Paphos, sur les côtes de l’île de Chypre, après sa naissance dans l’écume.
Le nom vernaculaire « Tabac d’Espagne » lui a été donné en 1762 par l’entomologiste Étienne-Louis Geoffroy. Il trouvait que la couleur orangée de ses ailes rappellait celle du tabac en poudre (le tabac à priser) qui était fabriqué à l’époque à Séville, en Espagne.
Plus tard, d’autres naturalistes lui attribuent de nouveaux noms : il est nommé l’Argynne paphia par Latreille et Godart en 1819, ou encore l’Argynne tabac d’Espagne par Godart en 1821.

Ce Tabac d’Espagne mâle s’est fait attaquer par un oiseau . Mais rien de grave . Un bout de l’aile a été arraché, mais les parties vitales ne sont pas touchées. . le papillon virevolte sans aucune gêne comme si rien ne s’était passé.
Les noms vernaculaires à l’étranger
Anglais : Silver-washed Fritillary (la « Fritillaire lavée d’argent »). Ce nom fait directement référence aux zébrures argentées du revers qui semblent avoir été étalées au pinceau.
Allemand : Kaisermantel (le « Manteau impérial »). Un nom prestigieux qui souligne la grande taille et la couleur orange royal du papillon.
Espagnol : Nacarada (la « Nacrée »). Bien que nous ayons vu qu’il diffère des autres nacrés, les Espagnols utilisent ce terme pour l’ensemble du groupe. On l’appelle aussi parfois Argina.
Italien : Tabacco di Spagna. Ils utilisent la même référence que nous au tabac de Séville.
Néerlandais : Keizersmantel. Comme en allemand, on retrouve l’idée du « Manteau impérial ».
Premier et dernier Tabac d’Espagne vu au jardin des oiseaux


Quelques autres photos de Tabac d’Espagne














