Orite à longue queue (Aegithalos caudatus) anciennement Mésange à longue queue

  • Règne : Animalia
  • Classe : Aves
  • Ordre : Passeriformes
  • Famille : Aegithalidae
  • Genre : Aeghitalos

Difficile de résister au charme de ce petit oiseau que j’ai surnommé « Foufrounette » lorsque je l’ai vu pour la première fois. Je voulais souligner sa petite taille (ounette) et son plumage très « froufroutant ». Celles que beaucoup appellent encore « la mésange à longue queue » étaient autrefois appelées « tupinet », « orite », « queue de poêle », « grande couette » ou « pie-mésange ».

Classées pendant longtemps parmi les mésanges à cause de leur ressemblance physique avec cette famille, elles ont été renommées récemment « Orites » par les ornithologues. Ces derniers ont en effet remarqué que les Orites à longue queue avaient des caractéristiques différentes des mésanges, comme le type d’alimentation, la vocalisation ou le mode de nidification. Pour choisir le nouveau nom, ils ont décidé de se tourner vers le passé et l’ont appelée : « Orite à longue queue »

Orite à longue queue
Orite à longue queue

Présentation

L’Orite à longue queue est un passereau de la famille des Aegithalidae qui regroupe 4 genres et environ 13 espèces, dont une seule vit en Europe. Elle fait partie du genre Aegithalos qui compte plusieurs espèces principalement asiatiques comme : l’Orite à gorge argentée, l’Orite à joues rousses, l’Orite de Sophie, l’Orite à tête rousse ou encore l’Orite de Java. Toutes ont pour caractéristique d’avoir un corps très petit et sphérique, un bec extrêmement court et, pour la majorité, une queue proportionnellement très longue qui sert de balancier lors de leurs acrobaties dans les branches.

Les membres de la famille des Aegithalidae se distinguent par une morphologie unique parmi les passereaux. Ce sont des oiseaux de très petite taille, dont le corps est presque sphérique, donnant l’impression d’une petite boule de plumes. Leur bec est extrêmement court, conique et comprimé latéralement, parfaitement adapté pour glaner de minuscules insectes et des œufs d’arthropodes dans les interstices des bourgeons.

Contrairement aux mésanges de la famille des Paridae, les Aegithalidae possèdent une queue généralement très longue par rapport à la taille de leur corps. Leurs ailes sont courtes et arrondies, ce qui leur confère un vol onduleux et une grande agilité pour se faufiler dans la végétation dense. Enfin, cette famille est remarquable par son comportement hautement grégaire et la construction de nids ovoïdes complexes, fermés et recouverts de lichens, maintenus par des fils de soie d’araignée.

Orite à longue queue nordique Aegithalos caudatus caudatus
Orite à longue queue nordique Aegithalos caudatus caudatus
(Illustration jessica Joachim- https://jessica-joachim.com)

Il existe environ 17 sous-espèces d’Aegithalos caudatus dans le monde. Aegithalos caudatus caudatus (la forme à tête blanche) vit dans le nord de l’Europe et de l’Asie, Aegithalos caudatus europaeus est la forme que l’on rencontre principalement en France, Aegithalos caudatus irbii vit dans la péninsule ibérique, et Aegithalos caudatus taiti se trouve dans le sud-ouest de l’Europe, etc.

Description

L’Orite à longue queue est un passereau de petite taille. Elle mesure de 13 à 16 cm, dont 6 à 10 cm pour la seule queue, pour un poids plume d’environ 9 grammes.

Visuellement, elle ressemble à une boule de plumes blanche et noire avec une tête très ronde. Son bec noir est extrêmement court et de forme conique ; il est adapté pour saisir de très petites proies dans des endroits étroits. Ses yeux sombres sont mis en valeur par une paupière (ou cercle orbitaire) de couleur jaune ou orangée, selon les individus. Ses pattes et ses doigts sont fins, d’une couleur sombre allant du brun au noir, et lui permettent de s’agripper avec agilité aux extrémités des fines branches, souvent la tête en bas.

Son plumage ventral est blanc et devient rose dans sa partie inférieure. Les ailes sont noires et blanches avec des zones roses plus prononcées sur les scapulaires.

Cet oiseau se déplace souvent en bandes de 5 à 6 individus. C’est même l’une de ses particularités que de vivre en groupes qui peuvent compter de 10 à 30 membres. Autre particularité : l’étendue de son territoire qui, en dehors de la période de reproduction, est bien plus vaste que celui de la plupart des autres passereaux.

Quand elles arrivent, on les reconnaît immédiatement à leurs petits cris. Chaque oiseau se déplace en émettant des signaux pour indiquer sa localisation aux autres membres du groupe. L’arrivée d’une bande d’orites produit ainsi un concert de petits cris doux et rapides qui fusent de toutes parts.

Nidification

L’Orite à longue queue peut réaliser une à deux couvées de 6 à 12 œufs par an, selon les conditions climatiques : une première entre mi-avril et mi-mai, et la seconde en juin. Elle se différencie des mésanges (Paridae) par le fait qu’elle n’utilise pas de cavités existantes (trous d’arbres ou nichoirs classiques) pour installer sa progéniture, mais construit entièrement son nid dans la fourche d’un arbre ou au cœur d’un buisson épais.

Nid d'Orite à longue queue
Nid d’Orite à longue queue

Ce nid est une structure architecturale de forme ovoïde. Il est clos et ne possède qu’une petite entrée circulaire située dans sa partie supérieure. Sa structure se compose de mousse et de fibres végétales, consolidées par des milliers de fils de soie d’araignée et de cocons d’insectes. Cette soie confère au nid une propriété élastique, lui permettant de s’étirer au fur et à mesure de la croissance des nombreux oisillons.

les parents recouvrent l’extérieur du nid de milliers de fragments de lichens pour que la  structure s’accorde avec les teintes du support et limiter ainsi sa détection par les prédateurs. L’intérieur est tapissé d’un matelas de plumes qui assure une isolation thermique importante. Certains nids peuvent contenir plus  de 2000 plumes.  

L’Orite ci -dessous est en train de rechercher des matériaux pour son nid. Elle prélève ici des fils de soie sur les cocons de la processionnaire du pin pour les installer sur la structure de son nid. Elle utilise ainsi cette fibre animale qui sera un excellent revêtement élastique et résistant.

On pourrait croire au premier abord que cette Orite veut attraper les chenilles qui se trouvent sous la soie, mais ce n’est pas le cas. La raison est simple à comprendre : ces larves sont recouvertes de milliers de poils urticants contenant une protéine toxique. L’Orite ne possède pas les adaptations nécessaires pour consommer ces insectes sans risque. Elle se distingue en cela d’autres oiseaux plus spécialisés : le Coucou gris, par exemple, est capable d’ingérer ces chenilles car la paroi de son estomac piège les poils toxiques qu’il régurgite ensuite.

La couvée

Les œufs de l’Orite à longue queue sont minuscules et mesurent environ 14 mm. Ils sont blancs et portent de petites taches brun-rougeâtre qui sont regroupées sur le gros pôle de l’œuf.

L’incubation dure entre 13 et 15 jours. C’est la femelle qui s’occupe de cette tâche et elle est nourrie par le mâle. Il arrive que ce dernier soit aidé par des « assistants », qui sont d’autres membres de la famille. Ces aides participent activement au ravitaillement de la femelle et protègent également le nid contre les prédateurs. Après l’éclosion, ils soutiennent les parents pour nourrir la nombreuse nichée.

Une fois sortis de l’œuf, les jeunes restent au nid pendant 15 à 20 jours. Une fois l’envol réussi, les oisillons d’une même nichée ne se séparent pas. Ils dorment côte à côte sur une branche, formant une ligne serrée pour conserver leur chaleur corporelle.

Développement des juvéniles

Après l’éclosion, les oisillons occupent le nid durant 15 à 20 jours. Une fois l’envol effectué, les jeunes d’une même nichée conservent un comportement grégaire. Ils dorment alignés les uns contre les autres sur une branche, une stratégie de regroupement qui permet de limiter la déperdition thermique et de compenser leur faible rapport poids/surface.Alimentation

Orites à longues queues juvéniles sur une branche
Orites à longues queues juvéniles sur une branche (Domaine public)
Orite à longue queue juvénile
Orite à longue queue juvénile (domaine public)

L’Orite à longue queue est essentiellement insectivore. Son bec, extrêmement court et fin, agit comme une pince de précision pour attraper  les minuscules arthropodes. Son régime se compose principalement de pucerons, de petites chenilles, d’araignées et d’œufs d’insectes qu’elle débusque dans les anfractuosités de l’écorce ou à la base des bourgeons.

Orite à longue queue avec un insecte dans le bec
Orite à longue queue avec un insecte dans le bec

Pendant la période hivernale, lorsque les invertébrés se font rares, elle complète son régime avec des substances végétales. Elle consomme alors des petites graines ou de la pulpe de baies. Elle fréquente également les mangeoires, où elle privilégie les boules de graisse, car son métabolisme nécessite un apport calorique constant pour compenser sa faible réserve de tissus adipeux.

Distribution

L’Orite à longue queue occupe une aire de répartition géographique très importante . On la rencontre de l’Europe de l’Ouest (Irlande, France, Espagne) jusqu’à l’Asie de l’Est (Japon, Corée, Chine), en passant par la Turquie, l’Iran, la Russie et la Mongolie.

En Europe, sa présence est continue, à l’exception des sommets de haute montagne (au-dessus de 1 800 mètres) et de l’extrême nord de la Scandinavie. C’est un oiseau essentiellement sédentaire qui reste sur son territoire toute l’année. les populations qui vivent  en Suède, en Norvège ou en Russie peuvent entreprendre des déplacements vers le sud ou l’ouest lors d’hivers particulièrement rudes

Carte du GBIF (Global Biodiversity information facility) qui montre la présence
de l'Orite à longue queue dans le monde
Carte du GBIF (Global Biodiversity information facility) qui montre la présence
de l’Orite à longue queue dans le monde.

Au jardin des oiseaux, Les Orites à longue queue arrivent en général vers le mois de septembre et elles y passent tout l’hiver pour profiter des points de nourritures que je mets en place dès les premières gelées. Elles disparaissent dès que les beaux jours reviennent, mais il arrive que certaines viennent faire un petit tour en juillet- août pour se nourrir des nombreux insectes qui y vivent.
 

Taxonomie

L’Orite à longue queue a été initialement décrite et nommée en 1758 par le naturaliste suédois Carl von Linné sous le nom scientifique de Parus caudatus. À cette époque, elle était classée parmi les mésanges.

Le genre Aegithalos a été créé plus tard, en 1804, par le médecin et naturaliste français Jean Hermann. Ce changement a permis de distinguer ces oiseaux des mésanges classiques en raison de leurs particularités morphologiques et comportementales.

La famille des Aegithalidae, qui regroupe ces passereaux à petite taille et longue queue, a été proposée en 1850 par le naturaliste et ornithologue allemand Ludwig Reichenbach.

Étymologie.

Dans son ouvrage « histoire des animaux » écrit vers 343 avant jésus christ, Aristote décrit déjà plusieurs oiseaux sous le terme « Aeghitalos » que l’on peut traduire par « petit oiseau » voire « mésange ».

 L’épithète « Caudatus », lui, est issu du latin « cauda » qui signifie « queue ».

A cause, ou grâce, à cette caractéristique visible, l’orite à longue queue a eu droit à des surnoms comme « queue de pie », « pie mésange », « queue de poêle » ou « queue de poêlon ».

Les mêmes surnoms ont d’ailleurs été aussi donnés à la bergeronnette ;

Un autre de ses surnoms est « gironette » qui vient de l’assemblage du mot « gyro » (tourner) avec « girouette ». L’objectif ici était de mettre l’accent sur le côté très actif et remuant de ce passereau.

Le nom vernaculaire « Orite »  vient du grec « oreités » qui signifie « montagnard » . Le mot a d’abord été utilisé comme synonyme de « Montifringilla » qui est le genre attribué au bruant des neiges . Il a ensuite été attribué à tort à l’orite à longue queue qui n’a pas de rapport particulier avec les montagnes. . Les Orites à longue queue  sont d’ailleurs peu adaptées  aux grands froids. Un hiver très rigoureux peut tuer jusqu’à  80 pour cent de leur population.

1) Dictionnaire classique d’histoire naturelle, Volume 16

De Bory de Saint-Vincent (Jean Baptiste Geneviève Marcellin)
1) Dictionnaire classique d’histoire naturelle, Volume 16
De Bory de Saint-Vincent (Jean Baptiste Geneviève Marcellin)

Tupinet est un nom d’origine italienne qui a été francisé. On peut imaginer  qu’il est entré dans la langue française grâce à la porosité des frontières. Son utilisation en France est prouvée par sa présence dans le  dictionnaire classique d’histoire naturelle, volume 16 de Bory de Saint-Vincent qui date des années 1830 ainsi que dans le dictionnaire Littré.

Les noms à l’étranger

À l’étranger, les noms vernaculaires soulignent souvent la morphologie ou les particularités du nid.

Les Anglais la nomment Long-tailed Tit, mais lui donnent aussi le surnom de « hatful of feathers » (un chapeau plein de plumes), faisant allusion au matelas de plumes qui tapisse l’intérieur de son habitat. En Allemagne, elle est appelée Schwanzmeise, un nom construit sur les mots Schwanz (queue) et Meise (mésange). Les Néerlandais utilisent un terme similaire, Staartmees, qui porte la même signification.

En Italie, son nom officiel est Codibugnolo. Ce terme est un diminutif dérivé de coda (queue) et de bugnolo, qui désigne un petit panier ou une corbeille en osier, rappelant ainsi la forme ovoïde et compacte de son nid. En Espagne, elle est appelée « mito ». Selon Pierre Cabard, l’origine de ce nom n’est pas totalement établie, mais il pourrait descendre d’une racine ancienne désignant la petitesse. Enfin, au Portugal et en Galice, on la retrouve sous le nom de Chapim-rabilongo, associant le terme générique des mésanges à sa caractéristique caudale.En Suède, elle est connue sous le nom de Stjärtmes, conservant cette même référence à son appendice caudal.

Autres oiseaux considérés à tort comme des mésanges

La panure à moustaches appelée parfois mésange à moustaches,  la remiz penduline appelée aussi mésange rémiz.  

*La proposition du changement de noms a été faite par deux ornithologues canadiens membres de la CINFO : Normal David et David Gosselin

* Les plumes scapulaires sont des plumes assez courtes qui recouvrent « l’épaule de l’oiseau.

Pour en savoir plus sur la stratégie parentale des Orites à longue queue, c’est ici

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