Dimorphisme sexuel

Dans la nature, la beauté est avant tout une fonction . Le dimorphisme des oiseaux en est le meilleur exemple .

Pinson des arbres femelle , à gauche, et pinson des arbres mâle, à droite.

Nous projetons des notions de beauté ou de laideur sur les plumages, mais ces projections parlent en réalité bien plus de nous et de notre éthique personnelle* que de l’oiseau lui-même.

les couleurs et la forme du  plumage des oiseaux  ont  avant tout une fonction et le plumage de la femelle joue son rôle à merveille comme le joue à merveille celui du mâle.

Le mâle plus beau

Dans un grand nombre d’espèces, le mâle est plus gros et plus coloré. Il est aussi plus agressif et son rôle est de défendre le territoire et de protéger la famille .

Le plumage coloré du mâle a pour fonction d’être vu de loin par la femelle au moment de la  parade amoureuse et d’attirer son attention. Il est la veste chic que le jeune adolescent met en boite pour faire le beau devant  les jeunes filles. La qualité du plumage et des couleurs préviennent la femelle que les gênes du mâle sont performants et que mélangées aux siens ils assureront une descendance en bonne santé.  Le plumage coloré a aussi pour fonction d’impressionner le concurrent et de montrer la puissance .

Ce plumage coloré ,dit plumage nuptial, apparait juste avant la période  de reproduction et s’atténue vers l’automne . Les oiseaux mâles font  alors une mue partielle  pour endosser  un plumage dit internuptial. Ce  nouveau « vêtement » , plus sobre et moins coloré  leur permet d’être moins visible et de pouvoir passer l’hiver tranquillement sans attirer l’attention des prédateurs.

Le plumage plus discret de la femelle n’est pas moins beau comme on l’entend souvent dire. il est juste parfait pour tenir le rôle que la nature lui demande de tenir. C’est-à-dire de rendre les femelles peu visible des prédateurs pour qu’elles puissent couver les  petits et mener à bien leur éducation .

On comprend ici  que le plumage et ses couleurs ainsi que l’anatomie du corps sont entièrement liés à la reproduction et qu’ils jouent parfaitement le rôle que la nature leur demande de tenir . Un animal plus gros et plus costaud pourra affronter  les prédateurs et une femelle dont le rôle consiste à couver dans un nid n’a pas besoin de la force du mâle. Une forte corpulence pourrait même poser un problème lorsqu’elle couve ses petits.

La femelle la plus belle

Chez les oiseaux, le schéma le plus fréquent que l’on rencontre est le mâle plus gros et plus coloré et la femelle plus petite avec un plumage plus discret .

Mais il existe  des  cas  de dimorphisme sexuel où la femelle est plus grande et plus colorée et le mâle plus petit avec un plumage plus discret. Cela se déroule en général dans les  espèces  où le schéma de  nidification et de reproduction est inversé. c’est le cas par exemple de certains oiseaux de la famille des scolopacidés comme le pharalope à bec étroit (Phalaropus lobatus) qui est souvent prise pour modèle.

pharalope à bec étroit femelle (Phalaropus lobatus) Photo Ingo Waschkies

Dans cette espèce la femelle est plus grande et plus colorée que le mâle. C’est elle aussi qui se bat avec les autres femelles pour défendre le territoire. Après l’accouplement elle se contente de pondre puis laisse  le mâle assurer seul la couvaison et l’éducation des juvéniles . Pendant ce temps, la femelle repart et cherche à s’accoupler avec de nombreux mâles . La femelle s’accouple 3 ou 4 fois au cours de la saison et laisse à chaque fois le mâle s’occuper des petits .

On retrouve aussi ce schéma de reproduction chez la rhynchée peinte  (Rostratula benghalensis) qui est un oiseau limicole que l’on peut rencontrer en  Afrique ou aux Philippines . Certains la nomment  la bécassine peinte . Le mâle, là encore, est plus petit que la femelle et présente un plumage plus terne. Là aussi c’est la femelle qui effectue les vols nuptiaux à faible hauteur qui rappelle ceux des bécasses.  c’est elle aussi qui courtise le mâle.  Comme  chez les phalaropes à bec étroit c’est ce dernier  qui couve les œufs une fois que la femelle a pondu et qui s’occupe de leur éducation.

Dans ce schéma de reproduction, le petit porte souvent le plumage discret du mâle alors que c’est l’inverse dans le schéma le plus fréquent où la femelle est plus discrète .

Il semblerait  ici que la couleur éclatante du plumage soit laissée au partenaire qui est à l’initiative de la reproduction et qui défend le territoire et que le plumage discret soit attribué à celui qui couve les petits . Mais la nature est complexe et ce n’est pas toujours le cas .

hynchée peinte  (Rostratula benghalensis) Photo wikipédia
Tadorne de paradis. (Tadorna variegata) Photo Wikipédia

Le tadorne de paradis femelle est plus coloré que le mâle et c’est pourtant elle qui s’occupe entièrement de la couvaison et le mâle plus terne qui protège le territoire.

À l’inverse, les talégalles de Latham mâles sont colorés alors que les femelles sont ternes et ce sont pourtant eux qui construisent les nids puis surveillent les monticules où a lieu l’incubation.

 Les femelles des  rapaces sont souvent plus grandes et ce sont pourtant  les deux adultes qui s’occupent pourtant du nid à parts égales.

Chez quelques rares espèces en revanche comme le jacana ou le coucal noir  l’inversion est totale . Les femelles sont plus grandes que les mâles et ce sont elles qui se battent avec d’autres femelles pour la possession du territoire et des mâles. Les combats , très violents, peuvent conduire à de graves  blessures . Celles qui gagnent  récoltent  la mise puisqu’elle possède le territoire et peuvent s’accoupler avec plusieurs mâles .

Jacanas
Coucal noir

En général 2 ou 3  mais il peut parfois y en avoir plus. Suite à l’accouplement, Charge aux mâles de  construire les nids puis de couver les œufs. Ils devront ensuite élever les juvéniles jusqu’au sevrage. Durant cette période , les mâles mettent sur pause leur sexualité et ne la reprennent que lorsque son travail est terminé . Pendant ce temps-là, les femelles s’occupent de la défense du territoire comme le font généralement les mâles des espèces nidicoles  et n’hésitent pas à avoir des  relations avec d’autres mâles si l’occasion se présente.

Le plumage des juvéniles souvent plus discret

Dans le schéma de reproduction le plus fréquent où la femelle effectue la couvaison, les juvéniles ont un plumage discret et peu contrasté qui se rapproche de leur mère .

Verdier juvénile
Mésange bleu Juvénile
Moineau juvénile

Dans le cas inverse où c’est le mâle qui couve, les petits ont un  plumage plus discret qui se rapproche de celui du père.  On voit ici que le dimorphisme a une fonction et que le plumage discret des juvéniles sert à les rendre moins visibles et à les protéger des prédateurs .

* L’esthétique, tel le cheval de Troie, cache toujours une éthique.  Ou pour le dire autrement L’esthétique est toujours  une éthique mise en image. Le beau en soi n’existe pas . il est toujours le fruit de la  projection  d’une éthique sur un objet.  

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