Zygène transalpine (Zygaena transalpina)

  • Règne : Animalia
  • Classe : Insecta
  • Ordre : Lepidoptera
  • Super-famille : Zygaenoidea
  • Famille : Zygaenidae
  • Sous-famille : Zygaeninae
  • Genre : Zygaena

Présentation

La Zygène transalpine est une espèce de lépidoptères appartenant à la famille des Zygaenidae. Cette famille compte environ 1 000 espèces dans le monde, dont 60 vivent en Europe et 34 sont présentes en France. Parmi les plus communes que l’on rencontre sur le territoire figurent la Zygène du lotier, la Zygène de la filipendule, la Zygène du panicaut, la Zygène fausta ou encore la Zygène de la coronille .

L’une des principales caractéristiques de ce groupe réside dans la présence de glandes spécialisées capables de synthétiser ou de séquestrer des composés cyanogéniques. Ces molécules toxiques assurent la défense chimique de l’insecte, tandis que la pigmentation vive des ailes joue un rôle de signal d’avertissement par le biais d’une coloration aposématique. Contrairement à la majorité des hétérocères, ce papillon possède une activité strictement diurne ; pour cette raison, il est souvent confondu avec les rhopalocères.

Zygene transalpine sur fleurs de lavande
Zygene transalpine sur fleurs de lavande

Elle appartient au genre Zygaena, qui regroupe des papillons dont les larves sont inféodées principalement aux Fabaceae. La particularité majeure de ce genre est la présence de taches rouges, blanches ou jaunes sur un fond noir bleuté, dont la disposition et le nombre varient selon les sous-espèces. Cet insecte pratique le mimétisme mullérien*, ce qui signifie que les individus partagent des motifs visuels similaires avec d’autres espèces toxiques pour renforcer l’apprentissage des prédateurs.

Le genre se distingue également par un vol lent et lourd, ce qui est rendu possible par l’absence de nécessité de fuite rapide face aux oiseaux. Les antennes en massue qui caractérisent les adultes permettent la détection précise des signaux chimiques environnementaux.

Description

La Zygène transalpine est un papillon de taille moyenne dont l’envergure est comprise entre 30 et 35 mm. Son corps est robuste et massif. Il  a une apparence sombre qui contraste avec les couleurs vives des ailes.

Le dessus des ailes antérieures présente un fond noir aux reflets métalliques qui passe du bleu au vert selon l’orientation de la lumière. Sur  chaque aile il y a six points rouges dont la forme et la taille peuvent varier selon les individus. Les troisième et quatrième taches sont généralement bien espacées, ce qui constitue un critère utile pour l’identification de l’espèce.

Le dessus des ailes postérieures est rouge avec une bordure noire dont l’épaisseur peut varier. Celle-ci présente souvent au moins une petite pointe sombre qui s’avance vers la zone rouge. La coloration rouge apparaît souvent plus vive et plus éclatante que chez certaines autres espèces de zygènes.

Le dessous des ailes antérieures affiche une coloration plus terne où les taches rouges sont moins nettes et peuvent parfois fusionner.

Le dessous des ailes postérieures reprend la coloration rouge bordée de noir, mais avec une intensité moins marquée que sur la face supérieure.

Elle peut être facilement confondue avec d’autres espèces du même genre qui portent cette tenue noire et rouge. La Zygène transalpine se reconnaît notamment grâce à la présence d’une petite zone claire ou brunâtre à l’extrémité des massues. La Zygène de la coronille est l’autre espèce à avoir le bout des antennes blanc mais cette dernière possède un bandeau rouge sur l’abdomen qui permet de la distinguer facilement.

L’abdomen est  noir avec des aux reflets bleutés métalliques.

Alimentation

les Zygènes transalpines ont une préférence marquée pour les inflorescences des plantes appartenant à la famille des Astéracées, comme les centaurées ou les scabieuses, dont la structure permet un accès aisé au liquide sucré. Au jardin des oiseaux elles apprécient tout particulièrement les lavandes ou les centranthes rouges et blanches sur lesquelles elles peuvent passer des journées entières.

Zygène transalpine sur sedum
Zygène transalpine sur sedum

Habitat

La Zygène transalpine fréquente principalement les milieux ouverts et ensoleillés, tels que les pelouses calcaires, les prairies sèches et les lisières de forêts. Elle privilégie les zones où la végétation est diversifiée, offrant à la fois des espaces propices au développement de ses plantes hôtes et une abondance de fleurs nectarifères pour les adultes. Ce papillon apprécie particulièrement les coteaux bien exposés, où la chaleur accumulée par le sol calcaire favorise son activité.

Plantes hôtes

La Zygène transalpine utilise plusieurs plantes hôtes pour le développement de ses chenilles, notamment l’Hippocrépide commune (Hippocrepis comosa), la Coronille bigarrée (Securigera varia), l’Hippocrépide buissonnante (Hippocrepis emerus) ainsi que diverses espèces de Lotier, comme le Lotier corniculé (Lotus corniculatus) et le Lotier des marais (Lotus pedunculatus).

Cycle de vie

Parade nuptiale et accouplement

La parade nuptiale et l’accouplement ont lieu au mois de juin et juillet. Le mâle  localise la femelle grâce à ses antennes dotés de nombreux capteurs  qui lui permettent de détecter les phéromones émises à grande distance. L’accouplement a lieu  le plus souvent sur une tige de graminée ou sur une fleur. Il s’effectue  abdomen contre abdomen dans la position dite  en opposition. Il peut durer  de quelques heures à une journée entière.

Ponte et chenilles

La femelle pond les œufs par petits groupes sur les feuilles ou les tiges de ses plantes hôtes. Après une période d’incubation qui varie selon les conditions climatiques, l’éclosion a lieu. Les chenilles commencent immédiatement à consommer le limbe des feuilles.

La chenille de la Zygène transalpine est trapue. Elle a une couleur de base jaune vif et  porte deux rangées de taches noires. La rangée latérale supérieure est composée de gros points larges. La  rangée inférieure est faite de petits points noirs. Son corps entier est recouvert de nombreux poils longs et blancs qui  lui donnent un aspect soyeux. Le bas de son corps est d’un jaune plus intense, presque orangé. Ses couleurs vives sont un avertissement qui  préviennent les  prédateurs qu’elle est toxique. La chenille effectue plusieurs mues au cours de sa transformation.

Chrysalide

La  phase larvaire se termine par la construction d’un cocon fusiforme. Cette enveloppe rigide protège la chrysalide pendant la période de nymphose où l’insecte est vulnérable. Le processus de réorganisation totale des tissus s’opère à l’abri de cette structure protectrice. Lors de l’émergence, l’imago brise l’enveloppe nymphale. L’exuvie, qui est la dépouille de cette enveloppe, reste alors fixée à la sortie du cocon.

Zygène transalpine qui vient sortir de son cocon fusiforme.
Zygène transalpine qui vient sortir de son cocon fusiforme. Domaine public Photo Myself, CC BY 3.0

La Zygène transalpine est une espèce bivoltine qui produit deux générations distinctes au cours de l’année. Les adultes de la première génération volent généralement de la fin juin au début de juillet, tandis qu’une seconde période d’émergence survient en août. L’hivernage s’effectue au stade larvaire. La chenille passe l’hiver cachée au pied de sa plante hôte ou dans la végétation basse, en attendant le retour de conditions climatiques favorables pour reprendre son activité alimentaire au printemps.

Distribution

La Zygène transalpine occupe une vaste zone en Europe. Sa présence se concentre principalement sur les régions montagneuses et les massifs de l’Europe centrale et méridionale. Elle est bien présente dans les Alpes, où elle colonise les prairies et les pentes ensoleillées. On la rencontre également dans le Massif central ainsi que dans les Pyrénées. Sa présence dépend étroitement du relief et de la disponibilité locale des plantes hôtes, comme les Lotiers ou les Hippocrépides, nécessaires à la vie de ses chenilles. Ces populations occupent souvent des milieux ouverts et fleuris, propices à leur développement.

Sur le territoire français, cette espèce se divise en deux lignées génétiques distinctes. La lignée transalpina occupe principalement l’est du pays, s’étendant des Alpes-Maritimes jusqu’en Alsace, ainsi que du sud du Massif central jusqu’en Bourgogne. La lignée hippocrepidis peuple le reste du territoire, des Pyrénées jusqu’aux frontières de la Belgique et du Luxembourg.

Carte GBIF de la présence de la zygène transalpine dans le monde

Carte GBIF de la présence de la zygène transalpine dans le monde

Dans les zones de contact, comme dans le Massif central et en Bourgogne, il existe des populations intermédiaires où les caractères génétiques et morphologiques se mélangent, rendant parfois la distinction délicate entre ces deux lignées.

Hippocrepidis possède une taille légèrement inférieure avec des taches plutôt anguleuses d’un rouge vermillon. La lignée transalpina présente des taches plutôt arrondies et bien séparées d’un rouge plutôt carminé.

Taxonomie

La Zygène transalpine a été décrite et nommée par le naturaliste autrichien Eugen Johann Christoph Esper en 1780 sous le nom initial de Sphinx transalpina.

Le nom de genre Zygaena a été créé en 1775 par l’entomologiste danois Johan Christian Fabricius.

La famille des Zygaenidae a été proposée en 1825 par l’entomologiste français Pierre-André Latreille.

Étymologie

Le nom de genre Zyageana a été donné par Fabritius en 1775. Il descend  du grec  « zugon » ( joug ) et fait référence à la forme très particulière des antennes qui peut rappeler les pièces de bois que l’on met sur les bœufs pour les atteler .

L’épithète spécifique, transalpina, est formée des racines latines trans, signifiant « au-delà de », et alpinus, « des Alpes ». Ce nom indique que cette espèce a été décrite initialement depuis des spécimens trouvés dans les régions situées au-delà des Alpes ou dans le massif alpin lui-même

La zygène transalpine est aussi appelé Zygène de l’hippocrépide en référence à ses plantes hôtes principales.

Les noms à l’étranger

Les Anglais nomment la Zygaena transalpina Transalpine Burnet, un nom qui reprend directement la référence géographique aux Alpes. Les Allemands utilisent parfois Transalpine Widderchen, bien que cet usage ne soit pas totalement stabilisé et puisse varier selon les sources.

En Italie, l’espèce est généralement désignée sous des formes proches de Zigena transalpina, en reprenant simplement le nom scientifique adapté à la langue. Aux Pays-Bas, on rencontre surtout des références au nom scientifique, sans véritable nom vernaculaire largement répandu.

De manière générale, cette espèce possède peu de noms vernaculaires fixes en Europe, et le nom scientifique reste le plus couramment employé.

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