- Règne : Animalia
- Classe : Insecta
- Ordre : Lepidoptera
- Super famille : Papilionoidea
- Famille : Nymphalidae
- Sous-famille : Satyrinae
- Genre : Hipparchia
Introduction
Je venais de laver mon fourgon, nous étions au mois de juillet, il faisait très chaud, et ces deux sylvandres sont venus se désaltérer en aspirant l’eau de rinçage avec leur spiritrompe .
Mais comme tout le monde le sait, l’occasion fait le larron. Ce mâle et cette femelle en ont profité pour effectuer un rapprochement et entamer une parade amoureuse. Je n’ai pas pu assister à l’entièreté de la scène, mais il est fort possible que la parade se soit terminée par un accouplement .

La différence de taille m’a surpris, car je crois que cette caractéristique ne fait pas partie du dimorphisme. Mais les papillons sont comme nous et certains se développent plus que d’autres .
Au départ, j’ai pensé que le plus grand était un Sylvandre et l’autre un petit Sylvandre .
Les sylvandres ont en effet la particularité d’être trois . Et ils ont cette autre particularité d’être si ressemblants qu’il est très difficile de les identifier sans analyser les genitalias des mâles .
Il y a le Sylvandre ou grand Sylvandre (Hipparchia fagi), le Petit Sylvandre (Hipparchia alcyone) qui est censé être plus petit que le grand et le Sylvandre helvétique (Hipparchia genava).
N’ayant ni le microscope ni les compétences pour les distinguer, il est possible qu’une erreur se soit glissée dans les photos et qu’au lieu d’un Sylvandre, il s’agisse d’un petit Sylvandre ou d’un Sylvandre helvétique . Je suis sûr que vous me pardonnerez si tel est le cas .
J’ai quand même fait vérifier mes hypothèses par des lépidoptéristes confirmés qui ont validé ce que je pensais et qui m’ont fait savoir qu’il s’agissait « certainement » d’un Sylvandre (Hipparchia fagi).
Présentation
Le Sylvandre est une espèce de lépidoptères appartenant à la famille des Nymphalidae. Cette famille compte plus de 6 000 espèces dans le monde, dont une centaine sont présentes en France. Parmi les plus connues figurent le Paon du jour (Aglais io), la Carte géographique (Araschnia levana), la Belle-Dame (Vanessa cardui), le Robert-le-Diable (Polygonia c-album), le Tircis (Pararge aegeria) ou encore le Tabac d’Espagne (Argynnis paphia).
Il appartient à la sous-famille des Satyrinae, qui rassemble des papillons aux teintes généralement brunes, grises ou fauves. Leur coloration discrète leur assure un excellent camouflage lorsqu’ils se posent sur le sol, les troncs d’arbres ou les rochers. La plupart portent également des ocelles qui contribuent à détourner l’attention des prédateurs vers le bord des ailes.
Le Sylvandre appartient au genre Hipparchia, qui comprend une soixantaine d’espèces réparties en Europe, en Afrique du Nord et en Asie occidentale. Ces papillons fréquentent surtout les milieux secs et ensoleillés, où ils passent de longues périodes immobiles. Le revers de leurs ailes, dont les dessins imitent l’écorce ou la pierre, les rend alors particulièrement difficiles à distinguer.
Description
Le Sylvandre est un grand papillon dont l’envergure varie de 60 à 75 mm.
La tête est recouverte de longs poils brun clair. Les yeux sont brun foncé. Les palpes labiaux sont plus longs que chez la plupart des autres papillons. Ils sont velus et forment un véritable « museau » caractéristique. Les antennes sont annelées de brun et de blanc et se terminent par une massue noire.
Le thorax est brun foncé. Le thorax et l’abdomen sont recouverts d’une pilosité brun clair.


Le dessus des ailes antérieures est brun foncé. Elles sont parcourues par une large bande crème aux contours diffus le long du bord externe. Un ocelle sombre pupillé de blanc est visible près de l’apex.
Le dessus des ailes postérieures est brun foncé. Une large bande crème s’étend le long du bord externe. Un petit ocelle noir pupillé de blanc est visible près de l’angle anal. Les bords externes des quatre ailes sont finement festonnés et bordés d’une frange alternativement blanche et brun foncé.
Le dessous des ailes antérieures est brun orangé. La bande crème du dessus est également visible mais plus contrastée. L’ocelle apical pupillé de blanc ressort nettement sur le fond sombre.
Le dessous des ailes postérieures présente une remarquable livrée marbrée mêlant différentes nuances de brun, de gris et de crème. Cette coloration imite parfaitement l’écorce des arbres ou les rochers sur lesquels le papillon se repose. Une bande claire ondulée et irrégulière traverse l’aile. Un petit ocelle noir pupillé de blanc est visible près de l’angle anal.
Dimorphisme
Le dimorphisme sexuel est peu marqué chez le Sylvandre. Les femelles sont généralement un peu plus grandes que les mâles et leur abdomen est plus épais. Chez le mâle, la bande crème du dessus des ailes antérieures paraît comme enfumée. Elle est plus blanche chez la femelle. On peut également reconnaître le mâle grâce à ses bandes androconiales noires obliques et bien visibles situées au centre de chaque aile antérieure.
Alimentation
Le Sylvandre adulte se nourrit principalement du nectar des fleurs. Il fréquente notamment les ronces, les cirses, les chardons, les scabieuses, les centaurées, les origans et diverses autres plantes riches en nectar.
Comme de nombreux papillons de la sous-famille des Satyrinae, il recherche également d’autres sources de nourriture. Il se pose volontiers sur les fruits tombés au sol et en fermentation, les coulées de sève ou les excréments d’animaux. Il y prélève des sucres, de l’eau et des sels minéraux qui lui apportent l’énergie et les éléments nutritifs nécessaires à son activité et à sa reproduction.
Les sels minéraux, en particulier le sodium, sont transférés lors de l’accouplement dans le spermatophore. Ce don nuptial augmente la fertilité de la femelle et la viabilité des œufs. Les mâles qui absorbent ces nutriments maximisent ainsi le succès de leur reproduction.
Plantes hôtes
La chenille du Sylvandre se nourrit principalement de graminées. En France, les principales plantes hôtes connues sont la Fétuque des moutons (Festuca ovina), la Fétuque rouge (Festuca rubra), le Brachypode penné (Brachypodium pinnatum) et le Pâturin des bois (Poa nemoralis).
D’autres graminées peuvent également être consommées selon les régions.
Cycle de vie
Le mâle passe une grande partie de la journée à rechercher les femelles. Il adopte souvent un comportement territorial en choisissant un rocher, un tronc ou une branche ensoleillée d’où il surveille les alentours. Dès qu’un papillon passe à sa portée, il s’élance à sa poursuite. S’il s’agit d’un mâle, il le chasse de son territoire. S’il s’agit d’une femelle, il la poursuit puis diffuse des phéromones grâce à ses bandes androconiales. Si la femelle est réceptive, l’accouplement a lieu. L’accouplement peut durer plusieurs heures.

Ponte et Chenille
La femelle dépose ses œufs un à un à proximité des graminées Elle les laisse tomber au sol ou les fixe sur des feuilles sèches. Une femelle peut pondre une centaine d’œufs au cours de sa vie.
Après une incubation d’une quinzaine de jours, la chenille éclot et commence à se nourrir des graminées voisines. Son développement est lent et s’étale sur plusieurs mois. Active la nuit, elle reste dissimulée à la base des touffes d’herbe pendant la journée afin d’échapper aux prédateurs.
La chenille du Sylvandre mesure jusqu’à 4 cm de long au dernier stade de son développement. Son corps est allongé, cylindrique et légèrement effilé vers l’arrière.
La chenille est brun clair. La tête porte plusieurs fines stries brun foncé et de nombreuses petites ponctuations. Les pièces buccales sont sombres. Une fine ligne dorsale plus foncée parcourt le corps sur toute sa longueur. Les flancs portent une rangée de petits stigmates brunâtres.
L’extrémité de l’abdomen se termine par deux courts appendices caudaux caractéristiques des chenilles de la sous-famille des Satyrinae.
L’espèce hiverne au stade de chenille. Selon Tristan Lafranchis (La Vie des papillons), les chenilles hivernent au troisième stade et conservent une certaine activité lorsque le temps est doux. Elles reprennent leur développement au printemps.
Chrysalide
Lorsqu’elle a achevé sa croissance, la chenille s’enterre dans le sol pour effectuer la nymphose. Elle se transforme alors en une chrysalide brun clair d’environ 2 cm de long.
Selon les conditions climatiques, cette métamorphose dure généralement de deux à quatre semaines. À l’issue de cette période, l’enveloppe de la chrysalide se fend et le papillon adulte émerge. Il déploie progressivement ses ailes en y faisant circuler de l’hémolymphe afin qu’elles atteignent leur taille définitive. Après quelques heures de séchage et de durcissement, il peut prendre son premier envol.
Distribution
Le Sylvandre est présent dans le sud et le centre de l’Europe. Son aire de répartition s’étend de la France jusqu’à la Russie occidentale, en passant par la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne, la Suisse, l’Autriche, l’Italie et une grande partie des Balkans. Il est également présent dans le sud de la Scandinavie, dans le Caucase et localement en Turquie. En Espagne, il est surtout présent dans le nord-est du pays.

Taxonomie
Le Sylvandre a été décrit et nommé par le naturaliste italien en 1763, sous le nom initial de Papilio fagi.
Le nom de genre Hipparchia a été créé en 1807 par l’entomologiste danois .
La famille des Nymphalidae a été proposée en 1815 par le naturaliste américain Constantine Samuel
Étymologie
Le nom de genre Hipparchia a été créé par Johan Christian Fabricius en 1807. Il est généralement considéré comme une référence à la philosophe grecque Hipparchia de Maronée, qui vécut à la fin du IVᵉ siècle avant Jésus-Christ. Sœur du philosophe Métroclès, elle tomba amoureuse du philosophe cynique Cratès de Thèbes. Ses parents s’opposant à cette union, Cratès accepta de les rencontrer. Pour leur montrer la vie austère qui l’attendait, il se déshabilla devant eux et déclara à Hipparchia : « Voilà ton fiancé et tout son avoir ; décide-toi en conséquence, car tu ne saurais être ma compagne à moins d’adopter aussi mes habitudes de vie. » Hipparchia accepta ce mode d’existence et devint l’une des plus célèbres représentantes de l’école cynique.
A. Maitland Emmet propose toutefois une autre interprétation dans The Scientific Names of the British Lepidoptera. Selon lui, Hipparchia pourrait faire référence à Hipparque, le célèbre astronome grec du IIᵉ siècle avant Jésus-Christ. Les ocelles bien visibles sur les ailes de plusieurs espèces du genre auraient pu évoquer des étoiles à Fabricius. Emmet présente cependant cette explication comme une hypothèse.
L’épithète fagi signifie « hêtre ». Elle ne désigne pas la plante hôte, comme c’est souvent le cas, mais fait vraisemblablement référence aux arbres sur lesquels ce papillon aime se poser. Elle souligne, en tout cas, le caractère forestier de cette espèce, qui fréquente les sous-bois et les lisières de forêt.
Noms vernaculaires
Le nom « Sylvandre » provient du latin silva, qui signifie « forêt » ou « bois ». Il évoque les milieux forestiers fréquentés par cette espèce.
Le qualificatif « du hêtre », parfois employé autrefois, fait directement référence à l’épithète scientifique fagi.
Noms à l’étranger
Les noms attribués au Sylvandre à l’étranger mettent généralement en avant son habitat forestier ou le hêtre.
Les Anglais le nomment « Woodland Grayling » (« Grayling des bois »), en référence aux milieux forestiers où il vit. Les Allemands l’appellent « Großer Waldportier » (« Grand portier des forêts »). Les Néerlandais utilisent le nom « Grote boswachter » (« Grand garde forestier »). Les Espagnols le désignent sous le nom de « Banda curva » (« Bande courbe »), en référence à la large bande claire des ailes. Les Italiens emploient deux noms : « Ermione », hérité de son ancienne dénomination scientifique, et « Satiro del faggio » (« Satyre du hêtre »). Enfin, les Catalans l’appellent « Faune gran » (« Grand Faune »).
